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Fin de règne de Cavaye&Niat : le séisme Datouo et le crépuscule des patriarches

Le Cameroun décide enfin de réoxygéner l'appareil législatif en commençant par la Chambre basse.

by EDC
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​ ​Le ciel politique camerounais a subi ce 17 mars une secousse de magnitude exceptionnelle. Ce n’est plus une rumeur de couloir, mais une déflagration institutionnelle. Après trente-quatre années d’un règne sans partage au perchoir de l’Assemblée Nationale, Cavaye Yeguié Djibril, le « lion de Mada », tire sa révérence. Dans un scénario que peu osaient prédire avec une telle soudaineté, le Comité central du RDPC a tranché, propulsant l’honorable Théodore Datouo, 66 ans, à la tête de la chambre basse.

​L’élection de Théodore Datouo, un ingénieur de l’Ouest, n’est pas qu’un simple changement de nom. C’est un basculement géopolitique majeur. Originaire de Bangou, celui qui était jusqu’ici le « bâtisseur » (superviseur du chantier du nouvel hôtel des députés) devient la deuxième personnalité de l’État par ordre de préséance constitutionnelle.

​En le portant au perchoir, le parti au pouvoir brise un plafond de verre historique. Jusqu’ici, un équilibre tacite attribuait ce poste au Grand Nord. Ce choix stratégique du RDPC semble répondre à une volonté de réoxygéner l’appareil législatif, alors que la fatigue institutionnelle commençait à gripper les rouages de l’hémicycle.

​Derrière ce remue-ménage institutionnel, une question brûle toutes les lèvres dans les chancelleries. Ce renouvellement au Parlement est-il le prélude à un mouvement plus vaste au sommet de l’Exécutif ? Le RDPC vient de démontrer qu’il peut sacrifier ses propres piliers pour assurer sa survie.

​Le Cameroun ne se réveille pas seulement avec un visage à la tête de l’Assemblée Nationale ; il se réveille avec la certitude que l’ère de l’immobilisme est, par la force des choses, révolue. Théodore Datouo n’est pas seulement un député ; il est l’un des piliers opérationnels du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) à l’Assemblée Nationale, un  »bâtisseur », comme l’appellent ses visiteurs du soir.

Cette casquette de « bâtisseur » lui confère une image d’homme de dossiers et d’action concrète. Élu des Hauts-Plateaux, il bénéficie d’une base électorale solide. Sa capacité à mobiliser dans un bastion où l’opposition (notamment le MRC) est active fait de lui un rempart stratégique pour le parti au pouvoir.

Alors Vice-président de la chambre basse, il a su naviguer dans l’ombre de Cavayé Yéguié Djibril pendant des années, consolidant son influence sans jamais paraître frontalement ambitieux, une qualité primordiale dans le sérail politique camerounais.

Le Rééquilibrage vers l’Ouest

Pendant longtemps, l’équilibre du pouvoir reposait sur un axe Grand-Nord (Législatif) et Grand-Sud (Exécutif). L’émergence de figures de proue comme Datouo signale une volonté de réintégrer pleinement l’Ouest dans le cercle restreint des décideurs de premier plan.

Comme avantage ici, cela permet de stabiliser une région économiquement puissante mais souvent perçue comme politiquement frondeuse. Et comme risque,  cela peut créer des frustrations dans d’autres régions (Nord-Ouest ou Sud-Ouest) qui pourraient se sentir marginalisées dans la haute hiérarchie de l’État. En somme, l’on note le renforcement de l’aile « technocratique » du RDPC au détriment de l’aile purement politique, un signal envoyé à la communauté Bamiléké, une reconnaissance de son poids économique et de sa loyauté politique. Datouo devient un « faiseur de rois » potentiel ou un acteur incontournable de la transition.

Le Sénat

 Le séisme politique ne s’est pas s’arrêté aux portes de Ngoa-Ekelle. Ses ondes de choc ont frappé les portes du Sénat. Marcel Niat Njifenji, le doyen de céans, dont l’état de santé alimentait toutes les chroniques, a été remplacé par Sa Majesté Aboubakary Abdoulaye, 64 ans, Lamido de Rey-Bouba.

​Premier vice-président de la chambre haute et figure tutélaire du Septentrion, le Lamido incarne une transition de continuité. Sa montée en puissance permettra de maintenir l’équilibre Nord-Sud, pilier de la stabilité du régime de Paul Biya, tout en rajeunissant (relativement) les sommets de l’État.

​Ce 17 mars 2026 marque donc le début de la fin d’une époque et restera gravé comme le jour où le Cameroun a entamé sa « mue des patriarches ». Avec Cavaye Yeguié (86 ans) et, Niat Njifenji (91 ans) sur le départ, c’est une page monumentale de l’histoire politique post-indépendance qui se tourne. Lentement, mais sûrement.

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