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Opalm : Un investissement de 45 milliards de FCFA pour combler 50 % du déficit d’huile de palme au Cameroun

Alors que la récolte de régimes s'effondre et que les usines tournent au ralenti, le projet Opalm s'annonce comme le chaînon qui vient sécuriser l’amont agricole et oxygéner une agro-industrie camerounaise en zone de turbulences. Avec un plan massif de 45 milliards de FCFA, l'entreprise dirigée par Tarek Daoud s'impose comme le nouveau bras armé de l'import-substitution.

by EDC
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Le paysage agro-industriel camerounais connaît une mutation sans précédent. Alors que le pays lutte contre un déficit annuel estimé à 300 000 tonnes d’huile de palme, la société Opalm vient de lancer une offensive ‘’stratégique’’ pour rééquilibrer la balance commerciale. Porté par un investissement global de 45 milliards de FCFA, ce projet ambitieux vise à injecter 108 000 tonnes supplémentaires sur le marché local, couvrant ainsi d’un seul coup la moitié du besoin national non satisfait.

Des observateurs, Opalm est semblable à un « Big Bang » industriel, qui a pris ses marques en attendant son doigté dans cinq technopoles. Le signal robuste de cette expansion a été donné en février 2026 avec la reprise des champs de la Socapalm à Eséka. Ce site, véritable centre névralgique, va voir sa capacité de transformation tripler, passant de 7 000 à 25 000 tonnes. Mais l’ambition ne s’arrête pas au Nyong-et-Kellé.

Des indiscrétions puisées à bonne source, le déploiement, prévu sur la période 2025-2030, repose sur la création de quatre autres technopoles décentralisés répartis dans les bassins jugés rentables à savoir le Moungo et la Sanaga-Maritime pour capter la production des petits planteurs, le Sud-Ouest pour pallier la baisse de régime de la CDC, l’Océan (Kribi) pour faciliter la logistique régionale.  L’innovation majeure, souligne-ton,  réside dans le modèle de « circuit court ».  Aucune noix ne doit parcourir plus de 50 km avant d’être pressée, garantissant une huile de qualité supérieure avec une acidité réduite.

Un bouclier fiscal au service du consommateur

Pour réussir ce pari, Opalm bénéficie d’un soutien massif de l’État via l’Agence de promotion des Investissements (API). En tant que secteur « prioritaire », l’entreprise jouit d’exonérations totales de douane et de TVA durant sa phase d’installation de 5 ans. Ce coup de pouce fiscal représente une économie directe d’environ 9 milliards de FCFA sur les coûts d’investissement. Pour le consommateur, l’impact est concret car en réduisant son coût de revient, Opalm peut stabiliser le prix du litre d’huile raffinée, généralement situé entre 1 100 et 1 500 FCFA, malgré la volatilité des cours mondiaux.

Au-delà des chiffres de production, le gouvernement perçoit Opalm comme un levier social et agricole car c’est tout un écosystème qui va se transformer. Opalm s’est engagée à maintenir 1 650 emplois et prévoit d’en créer 450 directs et 1 200 indirects supplémentaires.

Le partenariat avec les planteurs villageois est le pilier de cette réussite. L’entreprise ambitionne de doubler les rendements à l’hectare des petits producteurs, les faisant passer de 8-10 tonnes à 15-20 tonnes grâce à la fourniture d’intrants et de matériel performant. En réinjectant sa trésorerie (issue des réductions d’impôts de 50 % à 75 %) dans le prix d’achat aux planteurs, Opalm assure une fluidité de l’offre locale qui protège durablement le panier de la ménagère contre les importations coûteuses.

En rappel, le secteur de l’huile de palme au Cameroun traverse une zone de turbulences majeures qui fragilise l’ensemble de l’édifice agro-industriel national. Selon les données de la note d’analyse « Les Chroniques de l’Industrie » (Syndustricam) [édition de février 2026], la production d’huile de palme brute s’est effondrée à 46 826 tonnes au deuxième trimestre 2025. Ce volume marque un recul sévère de 39,7 % par rapport au trimestre précédent et une contraction de 16 % en glissement annuel. Sur l’ensemble du premier semestre, la baisse globale s’établit à 12,7 %.

Au-delà de cette chute conjoncturelle, pointe le Syndustricam, la filière subit un déséquilibre profond entre l’offre et la demande. Si la production nationale annuelle plafonne à environ 360 000 tonnes, les besoins des transformateurs dépassent désormais le million de tonnes.

 Bien que le déficit immédiat soit souvent évalué à 160 000 tonnes, l’écart réel entre les capacités de trituration et la disponibilité des fruits est bien plus alarmant. En conséquence, les unités de transformation fonctionnent à moins de 50 % de leur régime nominal. Pour les entreprises de deuxième transformation, les pertes sont concrètes : certaines affichent une baisse de chiffre d’affaires allant de 30 à 40 %, alors que les charges d’exploitation stagnent.

Freins à lever

La faible production de l’huile de palme au Cameroun, pointe le Syndustricam, repose sur plusieurs facteurs qui sclérosent le potentiel de production. Sur la liste, apparaissent le vieillissement des plantations et la faible productivité des vergers existants. D’autre part, les difficultés de collecte chez les planteurs villageois isolés et les litiges fonciers bloquant l’extension des superficies. La crise sécuritaire dans certains bassins de production et les revendications sur les prix d’achat, sans oublier les exportations frauduleuses qui ponctionnent l’offre destinée au marché intérieur.

Pour maintenir la disponibilité du savon et de l’huile raffinée, l’État a autorisé l’importation de 70 000 tonnes cette année. Ces flux, bien que présentés comme conjoncturels, pèsent lourdement sur la balance commerciale avec une facture annuelle estimée à près de 100 milliards de FCFA, souligne la note économique sus-indiquée du Syndustricam. Cette fragilité menace directement la sécurité alimentaire et l’emploi industriel.

« L’huile de palme alimente une chaîne de valeur stratégique : huiles alimentaires, savonnerie, agro-industrie, cosmétique. Sa fragilité pèse donc sur la sécurité alimentaire, l’emploi industriel et la compétitivité locale. Des projets comme celui d’Opalm, qui prévoit d’ajouter 108 000 tonnes aux capacités disponibles à partir de 2026, pourraient contribuer à réduire le déficit. Mais la solution durable passera par : la modernisation des plantations, l’amélioration de la productivité, la sécurisation foncière, une meilleure organisation de la collecte, et une lutte plus efficace contre les sorties informelles », observe le Syndustricam dans sa note de conjoncture économique sus-indiquée.

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