Plus de 22 milliards de FCFA par an seraient en jeu.
La détermination du ministre des Finances, Louis Paul Motaze, à assainir les finances publiques ne faiblit pas. Quelques semaines après l’audit des allocations familiales, une nouvelle opération vise à identifier les rémunérations qui seraient indûment supportées par le budget de l’État.
Cette fois, le contrôle porte sur les mouvements des agents publics aux frontières du Cameroun. Le croisement des données collectées avec les informations fournies par les administrations utilisatrices a permis d’identifier 5 971 agents toujours considérés comme ne résidant plus sur le territoire national.
L’enjeu financier est considérable : leurs rémunérations représenteraient plus de 22 milliards de FCFA par an. Une importante ponction sur les ressources publiques, alors que l’État doit financer les services essentiels, les infrastructures et les politiques sociales. La récupération des sommes indûment versées constitue donc un impératif de bonne gouvernance et de responsabilité budgétaire.
Une mesure conservatoire respectueuse des droits
Le dispositif retenu ne constitue pas une condamnation collective. À titre conservatoire, les rémunérations des agents concernés seront assignées à la Trésorerie-Paierie générale de Yaoundé I durant les mois de septembre et octobre 2026.
Chaque agent devra se présenter à la Direction de la dépense de personnel et des pensions, muni d’une photocopie de son passeport, du justificatif du motif de son voyage à l’étranger et d’une attestation de présence effective au poste datant de moins de trois mois. Après examen, l’agent en situation régulière pourra obtenir le quitus nécessaire au paiement de sa rémunération.
En revanche, les personnes qui n’auront pas clarifié leur situation au plus tard le 31 octobre 2026 seront considérées comme ayant abandonné leur poste. Leur rémunération sera alors suspendue du fichier solde de l’État.
Mettre fin aux dépenses sans contrepartie
Cette opération s’inscrit dans une démarche plus large de sécurisation de la dépense publique : audit des allocations familiales, contrôle des effectifs, lutte contre les agents fictifs et vérification de la présence effective au poste. Tous ces chantiers répondent à une même exigence : mettre fin aux paiements injustifiés.
Le message de Louis Paul Motaze est clair : chaque franc public dépensé doit correspondre à un droit établi, à une situation administrative régulière et à un service effectivement rendu.
Au-delà des 22 milliards de FCFA potentiellement en jeu chaque année, c’est la crédibilité de l’État dans la gestion de ses effectifs et de ses dépenses qui se joue. Opération après opération, une ligne se précise : fermer les niches de fraude, éliminer les dépenses indues et réorienter les économies réalisées vers les véritables priorités nationales.
*Journaliste [photo], Expert en finances publiques
