Le gouvernement tarde à traduire dans les faits les résolutions prises le 23 août 2026 à Yaoundé pour éteindre le préavis de grève [ Voir ici] des transporteurs routiers. C’est le constat que dresse la Plateforme des Organisations Socioprofessionnelles des Transports Routiers du Cameroun, au terme d’une mission de descente inopinée menée du 4 au 11 septembre 2026 sur le corridor Douala/Kribi –Yaoundé- Bertoua – N’Gaoundéré – Touboro – Bogdibo, avec l’appui technique de l’Unité Opérationnelle de Surveillance des Corridors du Bureau de gestion du fret terrestres (BGFT).
Face à la presse ce 16 septembre à Douala, les transporteurs routiers du Cameroun ont rappelé que la concertation présidée le 23 août par le ministre des Transports, sur hautes instructions du Premier ministre, avait accouché de trois résolutions phares. La résolution n° 4 interdit les contrôles routiers intempestifs et la perception d’amendes forfaitaires en liquide sur la voie publique. La résolution n° 5 institue des cadres locaux de concertation sous l’autorité des préfets. La résolution n° 10 impose le regroupement des opérations de pesage dans des stations fixes et proscrit les pesages mobiles.
Sur le terrain après cette concertation supra, la mission dénombre 58 postes de contrôle jugés non conventionnels sur l’ensemble du corridor, répartis entre pelotons routiers motorisés de la gendarmerie, contrôles mixtes des forces de maintien de l’ordre, postes douaniers et unités de pesage mobile. Ces entraves génèrent une perte de 14 à 26 heures par voyage, gonflent les coûts logistiques de 18 à 25 % et alourdissent la consommation de carburant de 12 à 15 %, du fait des arrêts et redémarrages répétés.
Au pont-bascule concédé du Port Autonome de Kribi, la mission relève un prélèvement systématique et illégal de 12 000 FCFA par camion, sans fondement réglementaire présenté aux usagers, ainsi qu’un second circuit de pesée à vide imposant aux chauffeurs plus de 3 kilomètres de marche, alors que le système numérisé Get Pass/Interchange capture déjà les poids à l’entrée et à la sortie. Le port, se désolent les transporteurs routiers du Cameroun ne dispose d’aucune zone d’attente sécurisée, contraignant les ensembles routiers au stationnement sauvage sur la bande d’arrêt d’urgence, exposés à des sabotages de pneumatiques et de systèmes de freinage. Les convoyeurs, dits motor-boys, se voient interdire l’accès à l’enceinte portuaire et doivent séjourner dans les sous-bois environnants, exposés à des morsures de reptiles, des agressions et des accidents mortels sous les châssis.

À la station de pesage de Garoua-Boulaï, l’inspection surprise du 7 septembre révèle une perception continue d’amendes alors même que l’équipement, techniquement défaillant, faisait l’objet d’un arrêté de fermeture officiel. La réunion de crise convoquée le lendemain par le sous-préfet, en présence du commandant de brigade de gendarmerie et du commissaire de police, débouche sur la suspension immédiate du pont-bascule et l’arrêt de toute perception d’amende sur ce site.
Au poste mixte de Mampang, près d’Abong-Mbang, la mission constate une multiplication de verbalisations fondées sur des « infractions imaginaires », assorties de demandes de transactions financières informelles. L’intervention des responsables locaux des forces de maintien de l’ordre permet d’annuler des retenues injustifiées de pièces à bord.
Reçue par le gouverneur de l’Adamaoua puis par le préfet du Haut-Nyong, la délégation a obtenu un soutien institutionnel appuyé. Le gouverneur, indique-t-on, qualifie les organisations syndicales de « masse critique et partenaire indispensable de l’administration », tandis que le préfet du Haut-Nyong souligne une responsabilité partagée, appelant les conducteurs à refuser eux-mêmes toute sollicitation financière illégale lors des contrôles.
« Nous ne sommes pas contre les postes de contrôle, c’est nécessaire pour la sécurité. Nous condamnons les tracasseries », souligne le syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun, qui dissocie la légitimité des contrôles de sécurité de la persistance des prélèvements illicites documentés sur le corridor.
La mission relève par ailleurs une dégradation avancée des chaussées sur les tronçons Dibamba-Édéa, Boumnyebel-Yaoundé et N’Gaoundéré-Touboro, ainsi qu’une absence quasi générale de signalisation horizontale et verticale.
Le rapport dévoilé à Douala ce jour recommande la publication d’un arrêté interministériel fixant une cartographie exclusive des points de contrôle autorisés, la formalisation des cadres locaux de concertation prévus par la résolution n° 5, l’aménagement d’urgence d’une zone de stationnement sécurisée à Kribi et la poursuite des patrouilles inopinées de l’UOSC/BGFT sur l’ensemble du corridor.
