Des transporteurs dressent un tableau du secteur marqué par des dérives managériales, des entraves administratives et une dégradation continue des conditions de travail des chauffeurs. Ils pointent le développement du transport pour compte propre, l’intervention d’organismes dont la mission entre en contradiction avec celle des transporteurs, ainsi que la multiplication des contrôles routiers qu’ils qualifient de pénalités financières déguisées. S’y ajoutent, la perception de frais de péage sur des axes dégradés et le déploiement récent de pèse-essieux sur ces mêmes routes, transformant l’usure des infrastructures en source d’amendes.
Une enquête de terrain menée par la plateforme dénombre 58 postes de contrôle identifiés sur le corridor reliant Douala à N’Djamena, tous itinéraires confondus au départ de la capitale économique. Les transporteurs réclament une rationalisation stricte de ces contrôles, limités aux seuls checkpoints conventionnels pour le trafic en transit, ainsi que l’application effective et l’extension de la convention collective du secteur.
Zone anglophone
La situation des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest occupe une place centrale dans les échanges. Une délégation venue de ces deux régions témoigne devant l’assemblée. Les intervenants évoquent des enlèvements de chauffeurs, des rançons exigées pour leur libération et des pertes de véhicules, tout en soulignant que le racket financier aux postes de contrôle dépasse en fréquence les embuscades sur les axes concernés.
Joseph Amos, transporteur, délégué des Affaires sociales pour l’antenne régionale du Littoral à Douala, détaille les contrôles recensés sur l’itinéraire reliant Ekok, à la frontière avec le Nigeria, à Mbonge, pour les marchandises en règle avec les droits de douane. Son relevé fait état de 42 postes entre Ekok et Douala, mêlant douane, gendarmerie, police, armée et contrôles mixtes. Le poste douanier de Mamfé perçoit 150 000 FCFA, celui d’entrée-sortie de la ville 130 000 FCFA, le poste mixte de Kumba 80 000 FCFA et la douane de Kumba 100 000 FCFA. D’autres postes, à Yémadjock, Bisona Bank, à l’hôpital et à la gendarmerie de Mamfé, ou encore au pont de Webrug entre Tiko et Douala, prélèvent chacun entre 25 000 et 70 000 FCFA. Le cumul des 42 postes s’établit à 2 051 000 FCFA pour un seul trajet.
Le délégué signale également des pertes financières liées au tronçon de Bonabéri, où les camions chargés en ville se retrouvent contraints de stationner pendant que des motos-taxis assurent la traversée pour acheminer les marchandises de l’autre côté.
Les organisateurs assurent ne rechercher ni le conflit ni la paralysie de l’économie nationale et revendiquent un cadre d’exercice assaini et équitablement réglementé. Plusieurs présidents de syndicats membres de la plateforme doivent développer, dans la suite de la session, les volets spécifiques du préavis adressé au ministère des Transports, portant notamment sur les conditions d’accueil des chauffeurs sur les plateformes logistiques de la Société camerounaise des dépôts pétroliers, du Port autonome de Douala et du Port autonome de Kribi. « Tant que nous n’avons pas de visibilité sur toute ces préoccupations, sans oublier celle liées à la pesée des marchandises, dimanche le 23 aout à 00h, nous arrêtons le travail. Nous devons revendiquer nos droits », tranche un syndicaliste.
Dans un document partagé aux syndicalistes, les transporteurs soulignent, « non au transport pour compte propre, non à l’ingérence de l’Etat dans les activités des transporteurs (le CNCC défend les intérêt des chargeurs, le chargeur et le transporteur ont des intérêts opposés), non aux contrôles répressifs de la prévention routière du ministère des Transports, non au paiement du péage dans les routes dégradées, non aux coulages fantaisiste, à la pesée des camions citernes générant des amendes et à la disparité lors du chargement des camions citernes, au racket des camionneurs dans les zones anglophones. »
A contrario, « oui aux contrôles des camions en transit uniquement aux check-points conventionnels, oui à la rationalisation effective des contrôle routiers, oui à l’extension de la convention collective nationale des transports routiers. Grève pacifique, garons nos camions en sécurité le dimanche 23 août à minuit. »
