Le Dr Fonkoua rapporte une conversation récente au Tchad avec son homologue de l’Ordre local. Ce jour-là, se souvient-il, il apprend les médecins tchadiens envisagent une grève, faute de rémunération suffisante. Le moins bien payé d’entre eux perçoit pourtant 400 000 FCFA par mois. Son homologue tchadien lui demande alors combien gagne un médecin camerounais. « Je n’ai pas répondu à la question, j’ai glissé », raconte-t-il sous les rires de la salle.
Il en tire une conclusion. Pour freiner la fuite des médecins, le Cameroun doit les entretenir avec des salaires conséquents. Il rappelle que la médecine est d’abord une profession libérale et indépendante. Si les jeunes disposent des moyens de s’installer au pays, ils gagneront davantage que 200 000 FCFA actuels.
Le président de l’Ordre alerte aussi sur la démographie médicale. « La population médicale est une population comme toutes les autres. Agée ! », Observe-t-il. Si la moitié des praticiens quitte le Cameroun alors que la population augmente, le pays fera face « à un hiatus total » et sera contraint de « demander les médecins ailleurs ». Ces propos prolongent les chiffres qu’il cite lors de la signature avec Ecobank Cameroun. L’Ordre compte 14 000 inscrits au tableau, dont environ 10 000 exercent, pour 30 millions d’habitants. Cela représente environ 0,7 médecin pour 1 000 habitants, contre 2,5 à 3 recommandés par l’OMS. Un atelier de formation destiné aux jeunes est prévu à Yaoundé. « Ce qui me plaît, ce sont les jeunes », confie-t-il.
Le Dr Fonkoua déplace ensuite le débat des effectifs vers le matériel. « Le Cameroun n’a pas un problème d’hommes, il a un problème d’équipements », martèle-t-il. Il chiffre le coût de cette carence. Selon lui, les évacuations sanitaires font sortir chaque année du pays un volume financier presque égal au budget de l’État. « Si nous capturions seulement le tiers de cet argent, je vous assure que c’est énorme », affirme-t-il. Il y voit aussi un sujet de souveraineté.
Son ambition dépasse la substitution aux évacuations. « Mon rêve avec ces partenariats, c’est de nous équiper et de faire, à brève échéance, du Cameroun une destination de tourisme médical », déclare-t-il. Il cite l’Inde, la Tunisie et l’Afrique du Sud comme références actuelles. « Bientôt, ce sera le Cameroun. Et ça, on peut le faire », assure-t-il.
C’est dans cette logique qu’il place la convention signée avec Ecobank Cameroun le 28 septembre 2026 à Douala. Environ 95 % du matériel médical des cabinets et des cliniques est importé. La banque peut prêter environ 15 millions de FCFA, et de 80 à 100 millions de FCFA pour un bloc opératoire. « Avec ce genre de partenariat, on met en place un accès facile », plaide le président de l’Ordre. Il estime que ce dispositif permet aux jeunes médecins d’investir et de s’installer. Pour lui, l’enjeu est de retenir les praticiens au Cameroun en leur donnant un revenu et des outils de travail.
