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Secteur énergétique : l’État camerounais engage le rachat de la centrale à gaz de Kribi à Globeleq

Dans la continuité de la reprise d'Eneo fin 2025, le gouvernement camerounais a ouvert des négociations formelles avec le groupe Globeleq pour acquérir ses parts dans la Kribi Power Development Company. L'opération vise à alléger une facture contractuelle de 8 milliards de FCFA par mois et à placer sous contrôle public un outil de production qui couvre près de 20 % de l'électricité du Réseau Interconnecté Sud.

by La Rédaction
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Le mouvement est dans l’air depuis plusieurs mois dans les cercles du secteur énergétique. Il est désormais inscrit dans la feuille de route du ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee).  Le Cameroun entend reprendre la main sur la Kribi Power Development Company (KPDC), la centrale à gaz de 216 MW implantée dans la zone industrialo-portuaire de Kribi.

La nationalisation en préparation de la KPDC ne constitue pas une initiative isolée. Elle s’inscrit dans un schéma mis en mouvement dès la fin de l’année 2025, lorsque l’État a racheté les parts du fonds britannique Actis dans Eneo, le distributeur national d’électricité depuis rebaptisé Socadel. En reprenant d’abord la distribution, puis en s’attaquant à la production, Yaoundé déroule une stratégie de reconstitution d’une chaîne de valeur énergétique sous giron public.

La KPDC n’est pas la seule cible. La DPDC (Dibamba Power Development Company), centrale thermique implantée dans la banlieue de Douala, est également visée par le même processus. Les deux infrastructures appartiennent aujourd’hui au groupe Globeleq, qui détient 56 % du capital de la KPDC, les 44 % restants étant entre les mains de l’État camerounais.

Le premier moteur de l’opération est financier. Selon les projections élaborées par le Minee dans le cadre d’un plan de restructuration du secteur, les contrats d’achat d’énergie liant Socadel aux deux centrales de Globeleq représentent une charge de l’ordre de 8 milliards de FCFA par mois. En prenant le contrôle de ces actifs, l’État espère renégocier les paramètres d’exploitation et dégager une économie estimée à 3 milliards de FCFA mensuels.

« Le secteur est sous perfusion depuis trop longtemps. Les contrats signés à l’époque avec les producteurs indépendants étaient calibrés pour des investisseurs privés, pas pour un État qui assume désormais à la fois la distribution et voudrait peser sur la production », confie une source proche des discussions au Minee, sous couvert d’anonymat. « La nationalisation de la KPDC est une façon sérieuse de sortir de cette équation. »

Le ministère confesse que le secteur électrique camerounais se trouve dans un état de « fragilité financière structurelle ». L’horizon fixé pour un retour à une trajectoire financière viable est 2027.

Au-delà des chiffres, la KPDC représente un enjeu de souveraineté. La centrale à gaz de Kribi alimente à elle seule près d’un cinquième de l’électricité du Réseau Interconnecté Sud, le réseau qui dessert Yaoundé, Douala et la zone industrielle de Kribi. Pour le gouvernement, une telle concentration de puissance installée entre les mains d’un opérateur privé étranger n’est plus tenable dans un contexte de tension sur l’offre électrique.

« Ce n’est pas une centrale parmi d’autres. C’est un pilier du réseau. Si Globeleq décide un jour de revoir ses conditions ou de se retirer, l’État se retrouve sans filet », souligne la même source. Les pourparlers entre le gouvernement camerounais et Globeleq se poursuivent. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a mené plusieurs séquences de discussions avec des délégations du secteur énergétique et des partenaires techniques en vue de baliser la transition opérationnelle et financière. L’option retenue serait celle d’un transfert progressif et amiable des actifs, écartant pour l’heure tout scénario de nationalisation forcée.

La forme que prendra ce transfert- rachat direct par l’État, montage avec des partenaires locaux, ou structure hybride- n’a pas encore été arrêtée. Les négociations portent également sur le régime transitoire d’exploitation de la centrale pendant la période de bascule.

Ce qui semblait relever, il y a encore un an, d’un scénario de politique-fiction dans les couloirs du Minee est aujourd’hui un processus en cours. L’État camerounais avance vers la maîtrise de l’ensemble de la chaîne électrique, de la production à la distribution.

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