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Livre : le Protocole de Yaoundé somme le Cameroun à choisir entre « subir » et « diriger » sa monnaie numérique

Abdel Akimi Ngapout Ngouh publie un résumé exécutif pour décideurs qui documente, chiffres à l'appui, la fragmentation du système monétaire mondial entre offensive américaine des stablecoins et riposte sino-BRICS. Il propose au Cameroun un FCFA numérique souverain adossé à une chaîne nationale, le BCFA sur CameroonChain, comme réponse à ce qu'il nomme la colonisation numérique.

by La Rédaction
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L’ouvrage s’ouvre sur un diagnostic de convergence. « Le Cameroun se trouve à un carrefour historique, deux forces antagonistes convergent, l’hyper-inflation monétaire, générée par l’endettement souverain massif des économies avancées et par plus de 25 000 milliards de dollars de liquidités injectées par les grandes banques centrales depuis 2008, et l’hyper-déflation technologique, induite par l’accélération sans précédent de l’intelligence artificielle. » L’auteur cite le FMI, pour qui 40 % des emplois mondiaux, et jusqu’à 60 % dans les économies avancées, seront affectés par l’IA, ainsi que le cabinet PwC, qui projette une contribution de 15 700 milliards de dollars de l’IA à l’économie mondiale d’ici 2030.

Le point de bascule daté par l’auteur est le décret présidentiel américain du 6 mars 2025 créant une réserve stratégique de Bitcoin, faisant du gouvernement fédéral le premier détenteur étatique connu de l’actif numérique, avec plus de 300 000 BTC estimés début 2026. Le GENIUS Act, adopté en juillet 2025, dote les États-Unis d’un cadre fédéral pour les stablecoins ; le CLARITY Act complète le dispositif. Mécanique décrite par l’auteur, chaque détenteur d’USDT dans le monde prête son argent à l’émetteur à taux zéro, l’émetteur replace ces fonds en bons du Trésor américain rémunérés à 4-5 %. Au 31 mars 2026, Tether, émetteur de l’USDT, détenait environ 141 milliards de dollars de bons du Trésor, ce qui en fait le 17ᵉ détenteur souverain américain, devant l’Allemagne, la Corée du Sud ou l’Arabie saoudite. En 2025, il a été le 7ᵉ acheteur étranger de bons du Trésor selon le Financial Times, dégageant plus de 10 milliards de dollars de bénéfice net. « Traduction pour le Cameroun, chaque FCFA converti en USDT par un commerçant de Douala finance le Trésor américain, pas le Trésor camerounais. »

Face à cette offensive, l’auteur documente la riposte chinoise et des BRICS. Le système CIPS raccordait 1 580 institutions financières dans 122 pays au 31 mars 2026, contre 1 280 fin 2023, avec un volume quotidien record d’environ 920 milliards de yuans en mars 2026. La plateforme mBridge, réunissant Chine, Hong Kong, Émirats arabes unis, Thaïlande et Arabie saoudite, a déjà réglé plus de 55 milliards de dollars de transactions, dont environ 95 % en yuan numérique. Le lancement de BRICS Pay est annoncé pour 2026. La part du dollar dans les réserves de change mondiales est tombée à 57,8 % fin 2024, son plus bas niveau depuis 1994 selon les données COFER du FMI.

L’auteur en tire une doctrine, celle du « non-alignement monétaire actif ». « Utiliser la monnaie des autres, c’est leur exporter son seigneuriage, les stablecoins dollar prélèvent le nôtre en silence, comme le compte d’opérations hier. » Le BCFA circulant sur la CameroonChain est conçu, selon lui, pour rester interopérable avec les deux blocs plutôt que d’en choisir un, « c’est l’esprit de Bandung transposé à l’ère des registres distribués ».

Le livre recense quatre failles structurelles justifiant l’urgence. La perte de seigneuriage liée à l’arrimage du FCFA à l’euro est estimée à plus de 200 milliards de FCFA par an. Le taux de bancarisation classique oscille entre 24 et 28 %, quand l’inclusion financière globale, tirée par le mobile money, dépasse déjà 50 %. L’économie informelle représente environ 60 % du PIB et prive l’État de plus de 400 milliards de FCFA de recettes potentielles. Enfin, la dette publique nationale atteint 14 591 milliards de FCFA au 30 septembre 2025, et le budget 2026, arrêté à 8 816,4 milliards de FCFA, ne peut compter que sur 5 887 milliards de recettes internes, plus du tiers du budget, soit 3 104,2 milliards de FCFA, devant être financé par une nouvelle dette.

L’ouvrage rappelle les atouts que l’auteur juge sous-exploités, une population dont 60 % a moins de 25 ans, un leadership sous-régional du mobile money avec près de 25 millions de comptes actifs représentant 62 % des comptes actifs de la CEMAC et 71 % du volume des transactions de la sous-région selon la BEAC, et un secteur pesant déjà au moins 5 % du PIB national, au deuxième rang africain derrière le Kenya.

Le résumé exécutif se conclut sur une alternative binaire. Option Subir, celle du statu quo, un budget 2026 dont plus du tiers repose sur une dette nouvelle absorbant environ 37 % des recettes budgétaires. Option Diriger, celle défendue par l’auteur, une rupture méthodique articulée autour du Binaire CFA pour la souveraineté monétaire, du Fonds de Souveraineté Numérique pour libérer le budget du piège de la dette, et de la CameroonChain pour rendre chaque franc public traçable. « L’infrastructure monétaire du XXIᵉ siècle est en train d’être écrite, et ceux qui n’écrivent pas seront écrits. »

L’auteur, Abdel Akimi Ngapout Ngouh est inspecteur du Trésor et expert en finances publiques et gestion budgétaire. Il détient une formation en IT Management et E-Government obtenue en 2015 à l’université de Redlands, en Californie, aux États-Unis. Il exerce au sein de l’administration camerounaise. Le Protocole de Yaoundé, résumé exécutif pour décideurs, est publié en 2026 sur la plateforme nouvelordreeconomique.com, reproduction interdite sans son autorisation.

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