Un jour après l’incident, Camtel a publié son communiqué N°09 daté du 16 avril 2026, signé par sa Directrice Générale, Judith Yah Sunday épouse Achidi. Le ton est ferme, presque cinglant. L’opérateur public de télécommunications, propriétaire et gestionnaire du réseau fibre optique national, rejette en bloc toute mise en cause de ses infrastructures.
« Aucune indisponibilité de ses infrastructures, ni faille de son réseau n’est à évoquer », tranche le communiqué. Camtel affirme que les données techniques recueillies par ses équipes déployées sur le terrain, en coordination avec les administrations et organismes impliqués dans la préparation de l’événement, sont sans claires: « aucune rupture de liaison par fibre optique et aucune panne technique n’ont affecté les infrastructures de Camtel et son réseau internet lors de cet incident. »
Plus loin, l’entreprise entre dans le détail technique pour démonter la thèse adverse. Elle explique que la CRTV a délibérément fait le choix de ne pas utiliser le réseau Camtel comme source principale de diffusion. À l’Aéroport de Nsimalen et sur le trajet vers le Palais de l’Unité, la diffusion s’est effectuée, selon Camtel, « via son propre dispositif de diffusion satellitaire (FLY AWAY), laissant la fibre optique comme éventuelle solution de secours. » Au Palais de l’Unité même, c’est un système TVU, utilisant les données internet mobiles d’autres opérateurs locaux, qui aurait servi de support technique à la retransmission, comme en atteste, précise CAMTEL, la mention « TVU » visible à l’écran lors du direct.
L’entreprise enfonce le clou en soulignant que son Centre de Supervision des Réseaux n’a relevé aucun dysfonctionnement, et que d’autres utilisateurs de la fibre optique, à l’instar de PRC TV, « ont continué à émettre sans interruption » durant le même laps de temps. CAMTEL conclut en déplorant « l’accusation publique et hâtive dont elle a été indirectement l’objet, sans aucune investigation technique contradictoire préalable », tout en se déclarant disponible pour un audit technique conjoint avec les autorités et la CRTV.
Ce qu’avait avancé la CRTV
La veille, le 15 avril 2026, la Cameroon Radio Television avait publié un bref communiqué (référence 000059), signé par son Directeur Général Charles Ndongo. Sans entrer dans les détails opérationnels, la chaîne publique présentait ses excuses aux téléspectateurs, auditeurs et partenaires pour les désagréments causés par la perturbation de la retransmission en direct de la visite papale.
La CRTV y imputait clairement la responsabilité de l’incident à des facteurs extérieurs. « Le dysfonctionnement survenu a pour origine l’indisponibilité de la fibre optique et une instabilité du réseau Internet. » Elle précisait que la cause avait été identifiée et la situation rétablie, assurant que « les services fonctionnent désormais normalement. »
Ce ping-pong institutionnel, survenu lors d’un événement d’envergure historique pour le Cameroun, met en lumière les fragilités de coordination entre deux entités publiques stratégiques. L’absence apparente d’un protocole technique préétabli et validé entre la CRTV et Camtel pour la couverture d’un tel événement interroge. Au-delà de la querelle technique, c’est la crédibilité du dispositif audiovisuel public camerounais qui est écornée. L’audit conjoint réclamé par Camtel pourrait seul permettre d’établir les responsabilités avec rigueur.



