La Chine dope la guerre commerciale entamée par Donald Trump. Mais pour l’Empire du Milieu, la méthode ne porte pas sur la majoration des droits de douane, mais plutôt vers la séduction des marchés émergents. Le récent accord du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) marque un tournant dans les relations commerciales entre Pékin et le continent noir.
Désormais, la Chine s’engage à éliminer 100 % des droits de douane pour les 33 pays les moins avancés (PMA) d’Afrique. Cette mesure vise une augmentation substantielle des échanges pour atteindre un objectif de 200 milliards de dollars d’exportations africaines vers le marché chinois d’ici 2027.
Le cadre stratégique cible particulièrement le secteur agricole. Des produits comme le cacao, le café et les avocats, dont le Cameroun et la Côte d’Ivoire sont des exportateurs majeurs, bénéficieront d’un accès illimité au marché asiatique. Les projections indiquent une hausse de 25 % des revenus d’exportation pour ces filières grâce à la suppression des barrières tarifaires.
Au-delà de l’aspect agricole, l’accord prévoit des investissements massifs dans les zones industrielles africaines afin de transformer les matières premières localement. Cette industrialisation sur place doit permettre de passer d’une exportation de produits bruts à une offre de produits finis à haute valeur ajoutée, rééquilibrant ainsi une balance commerciale historiquement déficitaire pour les partenaires africains.
Sur le plan financier, l’accord s’accompagne d’une volonté de souveraineté monétaire. L’intégration du système de paiement CIPS (Cross-border Interbank Payment System) vise à porter la part du yuan dans les échanges bilatéraux à 50 % d’ici 2030.
Actuellement, moins de 5 % de ces transactions utilisent la monnaie chinoise, la majorité dépendant du système SWIFT et du dollar américain. En utilisant le yuan, les acteurs économiques cherchent à réduire les coûts de transaction et à contourner la volatilité du dollar ainsi que les risques de sanctions internationales.
Cette mutation structurelle de la coopération Sud-Sud ambitionne une croissance économique inclusive. En favorisant la transformation locale et l’autonomie stratégique, le partenariat veut réduire la dépendance de l’Afrique aux seules matières premières. Le succès de ce modèle repose désormais sur la capacité des infrastructures africaines à soutenir cette montée en puissance des flux commerciaux vers l’Asie.



