Le développement d’une nation ne se dessine pas en subissant les contraintes du présent, mais en affirmant ses ambitions de long terme. Si les limites actuelles, notamment en matière de devises, sont souvent perçues comme des freins industriels, elles ne doivent en aucun cas dicter l’évolution de notre modèle économique. L’histoire industrielle prouve qu’aucune trajectoire de croissance ne s’est bâtie en attendant la disparition des obstacles ; ceux-ci sont, au contraire, le point de départ d’une transformation structurelle indispensable.
À travers la stratégie SND30, le Cameroun a fixé un cap limpide : intégrer l’ensemble de la chaîne de valeur, du forage à la pétrochimie, pour retenir durablement la richesse créée. C’est dans cette vision que s’inscrit la création de CSTAR par la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), en collaboration avec Ariana Energy, le Consortium RCG et TRADEX S.A. Bien plus qu’une réponse conjoncturelle à l’accident de 2019, l’avènement de CSTAR est une orientation stratégique majeure destinée à diversifier l’offre de raffinage face à une demande intérieure galopante.
Le principe est simple. Une économie forte ne se contente pas d’exporter ses ressources brutes, elle maîtrise leur transformation. La SNH agit ici comme un levier de cohérence industrielle, s’inspirant de modèles de réussite internationale. La Norvège, par exemple, a su internaliser les compétences pour bâtir un fonds souverain colossal de 1 400 milliards de dollars. De même, les Émirats arabes unis ont transformé leur pétrole en un système de puissance économique grâce à une capacité de raffinage dépassant 1,2 million de barils par jour.
Pour le Cameroun, l’enjeu ne se limite pas à une urgence énergétique. L’action de CSTAR permettra notamment :
- Une meilleure rétention de la valeur ajoutée au sein du pays.
- Une réduction progressive de la dépendance vis-à-vis des produits importés.
- Une stabilisation économique pérenne appuyée sur une base productive solide.
Alors que l’Afrique subsaharienne importe encore 70 % de sa consommation de carburant — générant une fuite de capitaux de 30 milliards de dollars par an — le raffinage local apparaît comme l’unique solution pour corriger cette anomalie. Avec CSTAR, le Cameroun ne finance pas seulement une infrastructure, il définit un nouveau paradigme où la ressource naturelle n’est que le début d’un processus créateur d’emplois qualifiés. La souveraineté économique se construit ainsi, étape par étape, par des décisions irréversibles qui transforment durablement le paysage industriel.



