La Socapalm a scellé, le 16 février 2026 [voir ici], la cession de ses actifs de la plantation d’Eseka au profit de la société Opalm. Cette opération, rendue publique deux jours plus tard, ne manque pas de susciter des remous dans les états-majors des transformateurs locaux qui y voient un risque d’asphyxie. « La Socapalm a toujours joué le rôle central d’approvisionnement pour l’ensemble des entreprises de seconde transformation au Cameroun et de son fonctionnement dépend le sort de l’industrie locale, secteur de l’huile de palme. La Socapalm est donc la mamelle nourricière de l’ensemble des raffineries d’huile de palme en produits finis et savonnerie. Si par extraordinaire, elle arrêtait de jouer ce rôle pour quelques motifs que ce soient, la faillite et la fermeture des entreprises de seconde transformation sera immédiate », observent ces industriels.
Pourtant, pour le leader historique de la filière, l’enjeu dépasse la simple transaction foncière pour s’inscrire dans une logique de survie face au déficit structurel de l’offre nationale. Dans leurs rangs, l’on reconnait la carence de la production locale d’huile de palme. « Depuis des décennies on a jamais importé plus de 60 mille tonne d’huile de palme par an au Cameroun. Mais cette année [2025, ndlr] on a importé 120 mille tonnes d’huile de palme, c’est un chiffre record », souligne Bertin Tchoffo, industriel.
Ainsi donc, des indiscrétions, dans ce contexte de rareté, la stratégie de la Socapalm repose sur l’idée qu’il ne faut pas moins de producteurs, mais des acteurs capables de régénérer les vieux vergers et de densifier la production primaire. La cession d’Eseka n’est donc pas un désengagement, mais une opération de régulation visant à faire émerger un pôle de production autonome.
Face aux accusations de favoritisme, l’argumentaire se veut mathématique. Le système actuel de répartition des quotas, piloté par le ministère du Commerce, subit une pression constante de la part des acteurs qui ne produisent pas leur propre matière première. En permettant à un nouvel acteur de monter en puissance sur sa propre production, la Socapalm estime que la pression sur les volumes à répartir entre les autres industriels de la deuxième transformation va mécaniquement baisser. À terme, l’augmentation globale de l’offre devrait desserrer l’étau qui étrangle actuellement le secteur.
Sur le plan juridique, il convient de souligner que la Socapalm n’est pas propriétaire des terres qu’elle exploite. Celles-ci demeurent la propriété de l’État du Cameroun et sont mises à disposition dans le cadre d’un bail emphytéotique de longue durée. L’opération relative au site d’Eséka ne peut donc pas être assimilée à une cession discrétionnaire de terres publiques à des particuliers. Elle s’inscrit dans un dispositif juridique où l’État est à la fois propriétaire du foncier, actionnaire de la société et partie prenante au processus.
La Socapalm est une société anonyme de droit privé depuis sa privatisation en 2000. Si l’État du Cameroun demeure un actionnaire de poids, l’entreprise évolue dans un cadre commercial classique. La transaction, des sources dignes de foi, a d’ailleurs reçu l’aval des autorités publiques, garantissant que les terres, qui restent la propriété de l’État sous bail emphytéotique, ne font pas l’objet d’une spoliation mais d’une mise en valeur concertée.
La continuité écologique et sociale constitue le dernier pilier de ce transfert. Opalm s’est engagé au maintien des emplois, au respect des droits acquis du personnel et à la préservation des équilibres avec les communautés riveraines. Au-delà des polémiques, le défi reste la souveraineté oléagineuse du pays.
L’opinion – Economic Press Investigation (EPI)- une entité de votre journal Economie du Cameroun suit de près cette affaire. Le succès de cette transition à Eseka servira de test pour la capacité du secteur agro-forestier camerounais à se réinventer sans sacrifier son tissu social.



