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Gouvernance : après le séisme des 15 tonnes d’or volatilisées, Paul Biya lance une traque programmée pour échouer

Face à l’hémorragie des ressources minières, la Présidence du Cameroun ordonne la création d’une commission d’enquête mixte pour démanteler les réseaux de trafic d’or.

by Manuella Nemaleu
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C’est un document qui fait l’effet d’une décharge électrique dans le secteur extractif camerounais. Une note officielle de la Présidence de la République, datée du 23 février 2026 et signée par le ministre d’État Ferdinand Ngoh Ngoh, rend publiques les « Très Hautes Instructions » du Chef de l’État. L’objectif est sans équivoque, la mise en place immédiate d’une commission d’enquête mixte sur le trafic illégal d’or, un sujet qui n’a pas encore été vidé après avoir longuement été décrié.

Vue comme une réponse sécuritaire à un désastre économique,l’instruction est adressée directement au Secrétaire d’État à la Défense chargé de la Gendarmerie Nationale. Le choix de cet interlocuteur n’est pas anodin. Il souligne que le trafic d’or au Cameroun n’est plus seulement considéré comme une fraude fiscale, mais comme une menace sécuritaire majeure.

Depuis des années, le secteur de l’or au Cameroun ressemble à un « Far West » où l’État peine à imposer sa loi. Entre l’exploitation artisanale non encadrée et les réseaux transfrontaliers organisés, une part colossale de la production nationale s’évapore vers les marchés internationaux sans laisser de traces dans les caisses du Trésor public. Cette nouvelle commission a pour mission de « situer les responsabilités » de tous les acteurs impliqués.

Pour certains observateurs, il s’agit là de la fin de l’impunité pour les « réseaux », en coaction dans diverses malversations dans ce segment économique. Car l’aspect le plus frappant de cette décision est l’implication d’une constellation d’institutions puissantes. Les copies du document ont été transmises à des structures stratégiques : le MINDEF (Défense), la DGSN (Police), le MINMIDT (Mines), mais aussi la Sonamines (société nationale) et l’ANIF (renseignement financier).

Cette approche transversale suggère que les autorités soupçonnent des complicités à plusieurs niveaux de la chaîne. En visant l’établissement des responsabilités, la Présidence semble vouloir frapper fort, au-delà des simples exploitants de terrain, pour atteindre les donneurs d’ordre et les facilitateurs administratifs ou sécuritaires.

Pour la Sonamines, cette enquête est une opportunité de reprendre la main sur une ressource dont elle est censée être le garant. Le manque à gagner pour l’économie camerounaise se chiffre en milliards de FCFA chaque année. À l’heure où le pays cherche à diversifier ses recettes face à la volatilité des cours du pétrole, l’or représente un levier de croissance indispensable, à condition que sa traçabilité soit assurée.

Le rapport de cette enquête est attendu directement à la Présidence pour la « Très Haute Appréciation » du Chef de l’État. Cette centralisation du dossier indique que les conclusions pourraient déboucher sur des sanctions sévères et un remaniement profond de la gouvernance minière au Cameroun. La traque est lancée, et le secteur minier retient son souffle.

En rappel, c’est l’histoire d’un vertige statistique qui a fini par faire trembler les murs du palais d’Etoudi. D’un côté, les chiffres de la douane camerounaise pour l’exercice 2023 : 22,3 kg d’or officiellement exportés. De l’autre, les registres des Émirats Arabes Unis (EAU) : 15 200 kg de métal jaune reçus en provenance du Cameroun.

Cet écart « abyssal » de 15 tonnes, révélé en décembre 2025 par le rapport de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), a transformé un secret de polichinelle en un scandale d’État. Pour Yaoundé, il ne s’agit plus de simple fraude artisanale, mais d’un pillage systématique de la fortune nationale.

La valeur de ce trésor évaporé est estimée à 279 millions de dollars (environ 189 milliards de FCFA). Un manque à gagner colossal pour le Trésor public camerounais, qui aurait pu, avec cette somme, financer des infrastructures majeures ou renforcer ses réserves stratégiques de change.

Le ministre des Mines, par intérim, le Pr Fuh Calistus Gentry, se retrouve en première ligne. Si le gouvernement a tenté de rassurer en annonçant une hausse des réserves d’or nationales (passant de 37 kg à 1 500 kg), ces chiffres pèsent bien peu face aux 15 tonnes volatilisées à Dubaï. « Aucun bandit ne peut s’arrêter lui-même », ironise une partie de l’opinion publique, sceptique face à l’ouverture de cette nouvelle enquête.

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