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Immigration canadienne : les banques camerounaises réclament environ 5 milliards FCFA à 14 000 camerounais

Ils ont contracté des engagements financiers auprès des banques, avant leur départ hors du pays. De l’avis des banques, une partie importante de ces créanciers se trouve au Canada.

by Manuella Nemaleu
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Le rêve canadien est devenu le nouveau cauchemar des banques camerounaises. En effet, dans leur tableau de répartition des crédits par nature et par durée –consulté par Economie du Cameroun – ces données pourraient créer de l’émoi. Alors que le Canada reste la destination de prédilection des cadres et étudiants camerounais, les bilans financiers des établissements de crédit locaux laissent apparaître une cicatrice de 5 milliards de FCFA. Ce montant représente le cumul des impayés laissés derrière eux par environ 14 000 compatriotes partis tenter leur chance sous le ciel boréal, ou ailleurs dans le monde.

Des explications, le crédit sert de tremplin vers l’exil. Le mécanisme est désormais bien connu des gestionnaires de comptes. Un client, souvent salarié du secteur privé, public, ou jeune professionnel, contracte un prêt scolaire ou un crédit d’équipement. Sur le papier, le dossier est solide. En réalité, les fonds servent à constituer la « preuve de fonds » exigée par les services d’immigration canadiens en l’occurrence. Une fois le visa en poche et la frontière franchie, le lien bancaire se rompt.

« Nous faisons face à une nouvelle forme d’aléa moral », confie un analyste financier à Douala. « Les clients estiment que la distance les protège. Pour une banque, engager une procédure de recouvrement à Montréal pour un prêt de 3 millions de FCFA coûte plus cher que la créance elle-même. »

Les conséquences de cette « évasion financière » ne se limitent pas aux pertes sèches. Pour compenser ce risque migratoire, les banques camerounaises ont durci leurs critères. Les taux d’intérêt grimpent et les garanties exigées (titres fonciers, cautions réelles) deviennent prohibitives pour le citoyen moyen. « Ces créances gonflent le taux de créances en souffrance du système bancaire national, qui frôle désormais les 17 % dans la zone CEMAC. Bien que ces pertes ne menacent pas la survie des banques (souvent couvertes par des assurances ou des cautions solidaires de proches restés au pays), elles durcissent drastiquement les conditions d’octroi de crédit pour ceux qui restent », confie un banquier.

Pour certains acteurs de la finance, cette diaspora qui « doit » aux banques est aussi celle qui soutient l’économie. Les transferts de fonds vers le Cameroun ont atteint 652 milliards de FCFA en 2024 selon le rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Un équilibre fragile où l’argent qui rentre par les agences de transfert peine à effacer l’ardoise laissée dans les livres comptables des banques.

Face à l’ampleur du phénomène, certains établissements envisagent désormais des partenariats avec des agences de recouvrement internationales pour rappeler aux exilés que leurs dettes, elles, n’ont pas de frontières.

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