Sur la liste des entreprises cimentières qui se bousculent au Cameroun, il faut, pour le moment, exclure Medcem. Sur le site de l’entreprise à Douala dans l’enceinte portuaire, le grand portail reste ouvert. Celui-ci franchi, l’on fait face au pont bascule, dont le bleu foncé commence à subir les effets des intempéries. Plus loin, une immense flaque d’eau. A l’endroit, dans un petit enclot, de hautes herbes attirent le regard.
Ce jour-là, le bureau des vigiles comptent deux motocycles et deux registres. Le bâtiment administratif est désert, certaines portes sont entrouvertes. L’usine, elle, fait raisonner un silence complet. Aucun ronronnement. Aucun camion ou autres matériaux. Rien ! C’est un silence de cimetière.
En dehors de quelques vigiles en poste, et de quelques rares, très rares véhicules qui font des tournées, le site de Medcem ne donne aucun signe de vie. « Nous n’avons pas compris ce qu’il y a eu. Il n’y a pas eu de signes avant-coureurs qui auraient pu trahir quelque chose. Nous sommes arrivés un matin, la direction générale nous a expliqué qu’il n’y a pas assez de production. C’est la seule explication qui a été donnée. En dehors de cela, chacun a pu lister à son niveau l’ensemble des éléments qui pourraient justifier l’arrêt », souffle-t-on.
De ces éléments, le rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND-30) pointe du doigt des inondations récurrentes. Sur le site de l’entreprise, une idée plus ample est étalée. « Lorsqu’il pleut, le niveau d’eau atteint presque 50, voire 80 centimètres, pour ne pas dire un mètre. Il y a des bureaux qui sont envahis. Le pont bascule est lourdement affecté, la matière première est perdue. La fréquence des pluies à Douala et les inondations ici peuvent justifier cet arrêt », explique une source.
Sur trois mâts, l’on a deux drapeaux camerounais qui entourent un drapeau turc. « C’est le seul tissu qui atteste que les turcs sont passés par ici. En dehors de cette étoffe, tout le personnel turc a quitté l’entreprise depuis très longtemps. »
Ce jour-là, il est midi. Une restauratrice passe avec des gamelles pour le repas du personnel encore en poste. Un véhicule d’une entreprise de gardiennage klaxonne au portail et fait son entrée. Le but est de contrôler l’effectivité au poste des gardiens qui ont pour mission de veiller sur l’essentiel de ce qui tient encore lieu de Medcem. Des indiscrétions, c’est depuis novembre 2023 que les moteurs ont été mis à l’arrêt. Et l’essentiel du matériel administratif a été embarqué. Les photographies sont interdites sur le site qui est sous vidéo surveillance, tout comme la visite de l’ensemble de l’usine est proscrite.

En rappel, l’inauguration officielle de Medcem a eu lieu le vendredi 16 décembre 2016. La cérémonie était présidée par le Premier ministre de l’époque, Philémon Yang, agissant au nom du Président de la République. Il était accompagné de plusieurs membres du gouvernement, notamment le ministre des Mines, de l’industrie et du développement technologique [Ernest Gwaboubou au moment des faits], ainsi que de l’ambassadeur de Turquie au Cameroun.
Investissement de 13 milliards de FCFA pour 250 emplois directs, le groupe turc Eren Holding et son partenaire local, l’investisseur camerounais Emmanuel Peughouia [fondateur de Quifeurou], tablaient sur une production de 600 000 tonnes par an (extensible à 1 million). Bien que l’inauguration officielle date de fin 2016, l’usine avait commencé à commercialiser ses premiers sacs de ciment dès octobre 2015, après une phase de tests techniques.



