Très remarquable coïncidence. Les travaux sus-indiqués de Yaoundé ont eu lieu au même moment où se retrouvaient à New Delhi en Inde des personnalités telles que Sam Altmann (Open AI/Chat GPT), Sundar Pichai (Google), Jensen Huang (Nvidia), et une vingtaine de chefs d’Etat de gouvernement pour le 4ème Séminaire International sur l’Intelligence Artificielle (IA) qui porte sur la régulation, la protection des enfants, entre autres défis devant tous converger à l’usage de l’IA responsable.
C’est dans ce contexte mondial marqué par l’accélération des innovations et des débats sur la régulation de l’IA que le séminaire-atelier de Yaoundé a réuni représentants ministériels, experts et acteurs du numérique autour d’un enjeu majeur : encadrer l’essor de l’IA tout en en maximisant les retombées pour le Cameroun.
Dans le cadre de la cérémonie d’ouverture, l’hymne national a précédé l’allocution du Secrétaire Général du MINPOSTEL, suivie de celle du Directeur du Burau du Développement des Télécommunications, et enfin le discours introductif de Madame le Ministre des Postes et Télécommunications.
Parmi les interventions marquantes qui ont suivi, figure la conférence introductive présentée par Jean-Jacques Essomé Bell, expert en Business Management, Data Science et Intelligence Artificielle, et qui a permis de poser les bases conceptuelles et stratégiques d’une IA responsable adaptée aux réalités nationales.
L’IA : une réalité déjà présente
D’entrée de jeu, le conférencier a rappelé que l’intelligence artificielle n’est plus une promesse futuriste, mais une réalité économique tangible. À l’échelle mondiale, elle s’impose comme un moteur majeur de création de valeur et pourrait engendre une croissance de 12 % du PIB mondial à l’horizon 2040.
En Afrique, bien que le continent ne capte encore qu’une faible part du chiffre d’affaires mondial de l’IA (moins de 2 %), sa croissance est la plus rapide au monde. Les retombées économiques, estimées aujourd’hui à environ 6 milliards de dollars, pourraient atteindre 16 milliards d’ici 2030.

Comprendre l’IA Responsable : l’acronyme SETIC
Pour structurer le débat, Jean-Jacques Essome Bell a proposé un cadre synthétique autour de l’acronyme SETIC : Sécurité et protection, Éthique et intégrité, Transparence et explicabilité, Inclusion et accessibilité, Conformité légale.
Cette approche vise à encadrer le développement technologique afin de prévenir les dérives observées à l’échelle mondiale : désinformation, deepfakes, fraudes numériques et usages malveillants en forte augmentation ces dernières années. On estime en effet que le nombre deepfakes en ligne dans le monde est passé de 500 000 en 2023 à 8 millions en 2025.
Les quatre piliers d’une IA Responsable
Jean-Jacques Essomé Bell a ensuite structuré son intervention autour de quatre piliers stratégiques.
Le bouclier
Identifier et encadrer les risques : limites techniques, biais algorithmiques, menaces pour la sécurité, enjeux réglementaires. L’État y joue un rôle central à travers l’élaboration de stratégies nationales d’IA et la mise en place de cadres de gouvernance adaptés.
Le carburant
L’IA repose sur les données ; or, moins de 5 % des données utilisées pour entraîner les modèles proviennent d’Afrique. Ce déficit entraîne des biais et des performances dégradées, notamment dans des secteurs critiques comme la santé et l’économie. La souveraineté numérique, les data centers, la connectivité haut débit et la production de données locales constituent des défis majeurs.
L’impact
En Afrique, l’IA est encore majoritairement orientée vers des usages de consommation (réseaux sociaux, divertissement). L’enjeu est de la réorienter vers des usages productifs et transformationnels : éducation, santé, agriculture, énergie, administration publique. Mais il s’agit également d’utiliser l’IA de manière responsable et d’éviter les deepfakes. Le conférencier a présenté quatre catégories de mesures à cet effet : réglementaires et coercitives, éducatives et de sensibilisation, techniques et d’ingénierie, et enfin les mesures incitatives.

Le moteur de croissance
L’IA peut devenir un levier de croissance économique (on prévoit une croissance incrémentale du PIB de 14% en Afrique d’ici 2030), notamment via les startups technologiques. Mais cela suppose un environnement favorable : financement, infrastructures, régulation claire et formation des talents.
Jean-Jacques Essomé Bell a terminé sa présentation avec les 10 enjeux clés (souveraineté numérique, IA de transformation, etc) et les 6 obstacles majeurs à adresser (infrastructures numériques, développement du capital humain, etc) par le Cameroun pour une IA Responsable ; et avec une citation finale : « Au Cameroun, nous ne devons pas seulement suivre la révolution de l’IA, nous devons l’orienter. »
Un choix stratégique pour le Cameroun
Le séminaire a ainsi permis de repositionner le Cameroun dans la dynamique mondiale de l’intelligence artificielle. L’enjeu n’est pas simplement d’adopter la technologie, mais de l’encadrer et de l’orienter vers une transformation productive et souveraine.
Comme l’a souligné l’intervenant, l’IA peut être un accélérateur de développement. Mais sans stratégie claire, elle pourrait aussi renforcer les dépendances technologiques et comportementales.
Le débat est désormais ouvert : faire de l’intelligence artificielle un levier maîtrisé de croissance et d’innovation pour le Cameroun.
Correspondance particulière



