Le paysage entrepreneurial camerounais enregistre une mutation profonde. La tenue de la première édition du Forum Panafricain de l’Entrepreneuriat Féminin à Douala le 20 mars marque une étape dans l’organisation des actrices économiques du continent. Cette initiative, portée par Léonie Chedjou, a réuni des déléguées issues des dix régions du Cameroun et de plusieurs pays africains, à l’instar du Nigeria, Tchad et RCA.
L’événement a bénéficié du parrainage institutionnel du ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat, MINPMEESA). L’objectif consiste à transformer le potentiel créatif des femmes en leviers de croissance durable.
Les indicateurs statistiques récents, a souligné Achille Bassilekin, MINPMEESA, illustrent la montée en puissance des femmes dans l’économie nationale. Au 31 décembre 2024, les femmes gèrent 40 % du tissu entrepreneurial formel, soit un volume de 160 000 petites et moyennes entreprises (PME). Sur les trois dernières années, le rythme de création d’unités de production par les femmes et les jeunes dépasse celui des hommes. Cette tendance s’inscrit dans la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), qui définit l’essor du secteur privé comme moteur de la création de richesses et d’emplois.
L’État camerounais accompagne ce mouvement par des mesures financières et techniques. Le gouvernement annonce la mise en place d’un fonds spécial de 50 milliards de francs CFA. Cette ressource vise spécifiquement le financement des initiatives portées par les femmes et les jeunes. Les mécanismes de déploiement de cette enveloppe sont en phase de finalisation.
En complément, des programmes de coopération internationale renforcent les capacités des dirigeantes. Le dispositif SheTrades Outlook, fruit d’un partenariat avec le Centre du Commerce International de Genève, a intégré 250 entrepreneures dans les circuits d’exportation mondiaux depuis 2023. Ces échanges se déroulent sous le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF).

Le programme Empretec, développé avec la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement, affiche également des résultats quantifiables. Au terme de l’année 2023, ce sont 600 femmes qui ont reçu des formations sur les méthodes de structuration d’entreprises. Ces interventions ont généré 3 500 emplois directs. Sur le plan de la performance opérationnelle, l’adoption de la méthode japonaise Kaizen par 300 entreprises dirigées par des femmes a provoqué une hausse de 15 % de leur productivité globale.
La réduction des barrières administratives constitue un autre pilier de cette dynamique. Les Centres de Formalisation de Création d’Entreprises (CFCE) assurent la simplification des procédures. Durant le forum, une « clinique de l’entrepreneur » permet aux actrices du secteur informel de régulariser leur situation immédiatement. Ce guichet délivre des attestations de création et des titres de propriété séance tenante.
Léonie Chedjou, à l’origine de ce rassemblement, positionne l’entrepreneuriat féminin comme un levier de compétitivité. Le forum de Douala doit a abouti à l’adoption d’une feuille de route commune pour le renforcement du réseau panafricain. La finalité demeure l’inclusion sociale par la transformation structurelle des systèmes productifs. Les pouvoirs publics voient dans cette mobilisation une garantie de crédibilité pour attirer de nouveaux investissements vers les structures gérées par les femmes.
Le forum de Douala a également mis en place une innovation administrative à savoir la clinique de l’entrepreneur. Ce guichet unique traite en temps réel le passage de l’informel vers le formel. Les femmes reçoivent leurs attestations de création d’entreprise sur le site même des travaux. Cette mesure réduit les obstacles bureaucratiques et intègre immédiatement de nouveaux contribuables dans le circuit économique officiel. L’enjeu reste la construction d’un réseau panafricain capable de peser dans les chaînes de valeur mondiales.

Pour cette première édition, « Je voudrais adresser mes félicitations les plus chaleureuses à l’initiatrice de ce projet, Madame Léonie Chedjou. Femme d’affaires dynamique, elle a su transformer une vision en une réalité concrète aujourd’hui à Douala. Organiser cette première édition du Forum Panafricain de l’Entrepreneuriat Féminin est un défi majeur qu’elle a relevé avec brio. Son engagement personnel pour l’autonomisation des femmes et son leadership constituent des modèles pour la jeune génération. À travers cette plateforme, elle offre une opportunité historique de brassage entre les entrepreneures du Cameroun et celles venues d’ailleurs. Madame Chedjou, le gouvernement salue votre contribution à l’édification de cette économie inclusive que nous appelons de nos vœux. Votre initiative s’inscrit en droite ligne des objectifs de développement que nous poursuivons », a souligné Achille Bassilekin. Le thème de ce forum portait sur « L’entrepreneuriat féminin comme levier de transformation structurelle de l’économie ».



