Le transport de marchandises conteneurisées entre Kribi et Douala s’effectue actuellement à plus de 60 % par voie terrestre. Ce flux massif de poids lourds sur les routes nationales n°3 et n°7 provoque une dégradation structurelle des chaussées. Les conséquences directes pour les chargeurs se traduisent par une hausse de l’insécurité routière et un allongement des délais de transit au port de Kribi, générant des coûts financiers supplémentaires, explique Perrial Jean Nyodog, président de Gulfcam.
D’ailleurs, ceux qui sont habitués de ces axes routiers, notamment Edéa-Kribi, ne peuvent pas ne pas avoir constaté des conteneurs couchés sur le bas-côté de la route. Et donc, En basculant une partie de ces volumes sur le vecteur maritime, Gulfcam répond à une problématique d’utilité publique.
Face aux défis logistiques croissants, cette entreprise déploie-pour une seconde fois après le premier essai en 2020 qui a rencontré des difficultés conjoncturelles liées à la pandémie du Covid 19- une solution de transport maritime à courte distance pour relier le Port autonome de Kribi (PAK) au Port autonome de Douala (PAD). Ce nouveau service de cabotage ne se contente pas d’être une alternative ; il se positionne comme un levier de fluidification pour les chargeurs et les commissionnaires de transport agréés.
L’offre de service, a appris Economie du Cameroun ce 6 mars à Douala, s’articule autour d’un triptyque opérationnel à savoir le transbordement des flux en transit. Ici, les conteneurs débarqués sur les terminaux de Kribi pourront désormais rejoindre Douala par voie de mer pour y finaliser leurs formalités douanières.
En second lieu, la desserte du marché local. Les marchandises ayant déjà accompli leur « mise à la consommation » à Kribi bénéficieront d’un acheminement sécurisé vers le poumon économique du pays. « L’objectif majeur est de résoudre le problème du trafic saturé sur les routes nationales n°7 et n°3 », déclare Perrial Jean Nyodog, président de Gulfcam qui était face à la presse à Douala ce jour. « Le service fonctionne également dans le sens Douala vers Kribi. Il permet aux exportateurs d’acheminer leurs conteneurs de Douala vers le port de Kribi pour embarquer sur des navires de plus grande capacité [ne pouvant pas accoster à Douala] à destination de l’Asie, de l’Amérique ou de l’Europe », ajoute-t-il.
Un autre but dans le pipe, c’est l’évacuation industrielle, une aubaine pour les unités de production implantées dans la zone industrialo-portuaire de Kribi, qui disposent désormais d’une « autoroute maritime » pour leurs expéditions vers Douala.
L’avantage n’est pas seulement sécuritaire ou écologique, explique Gulfcam. Pour les opérateurs économiques, l’enjeu est la compétitivité. Le transport maritime offre une fiabilité calendaire supérieure et, surtout, une structure de coûts plus attractive que le transport routier traditionnel, souvent soumis aux aléas des congestions et des frais annexes.
Le service ne se limite pas à un flux unidirectionnel. Dans le sens Douala-Kribi, l’offre de cabotage de Gulfcam ouvre de nouvelles perspectives pour l’exportation. Les exportateurs basés dans le Littoral pourront acheminer leurs cargaisons vers Kribi pour bénéficier de sa profondeur de tirant d’eau de 8,5 mètres.
Cette connexion permet aux marchandises camerounaises d’embarquer sur des navires de ligne (Mother Vessels) de grande capacité, capables de rallier directement les marchés d’Asie, d’Amérique ou d’Europe, et qui ne pourraient physiquement pas accoster au port de Douala en raison des contraintes de tirant d’eau du chenal.
Pour Georges Njoya, expert maritime, il s’agit d’une nouvelle ère pour la supply chain camerounaise. Avec le lancement imminent de cette ligne, Gulfcam s’inscrit dans la vision de modernisation de la chaîne logistique camerounaise. En optimisant l’interopérabilité entre les deux principaux ports du pays, l’entreprise réduit les délais de passage portuaire et renforce l’attractivité de la place portuaire nationale face à la concurrence sous-régionale.
Les opérations seront assurées par un navire, Atlantic Runner II. Il mesure 180 m, dispose de quatre grues embarquées, une vitesse de 18 nœuds, un équipage de 25 personnes. Le défi de Gulfcam est d’avoir au moins six navires, afin de capter 50 % du volume des conteneurs qui jusque-là empruntent la route.
Au sujet des Prévisions de flux et fréquence, l’exploitation s’appuie sur des indicateurs cibles pour garantir la rentabilité du segment. Une rotation d 10 jours pour un voyage aller-retour, une fréquence de trois escales par mois au minimum, pour un volume objectivé à 2 000 EVP par voyage (round trip), incluant les flux de pleins et de vides. Le navire est dimensionné pour des conteneurs de 14 tonnes. Cette mutation du modèle de transport vise à renforcer le statut de hub de Kribi tout en optimisant la chaîne logistique régionale.
Les acteurs du commerce extérieur attendent désormais avec impatience le premier coup de sifflet, prévu dès la semaine prochaine, pour tester l’efficacité réelle de ce nouveau dispositif qui s’annonce déjà comme un tournant pour le transport de marchandises au Cameroun.



