C’est une nouvelle étape que franchit la filière halieutique camerounaise. Le 18 mars 2026, les Services du Premier Ministre (SPM) ont signé trois décrets d’application qui viennent traduire en actes concrets la loi-cadre sur la pêche et l’aquaculture promulguée en décembre 2024. Ces textes, répertoriés sur le portail officiel spm.gov.cm sous la rubrique « Lois et Règlements », dessinent les contours d’une gouvernance profondément rénovée des ressources marines et fluviales du pays.
Le premier décret, portant le numéro 2026/00634/PM, fixe les conditions et modalités d’exercice des industries halieutiques. Il s’agit du volet industriel de la réforme : transformation, conservation et commercialisation des produits de la pêche sont désormais soumis à un cadre précis, qui entend mettre fin à l’opacité longtemps reprochée à ce segment de la chaîne de valeur. Pour les opérateurs privés – conserveries, unités de fumage, plateformes frigorifiques- ce texte fixe les règles du jeu avec une clarté inédite.
Le deuxième décret, n° 2026/00635/PM, est consacré à l’aquaculture et à ses activités connexes. Il définit les conditions d’installation des fermes aquacoles, les normes environnementales à respecter et les modalités de développement de la pisciculture. Dans un pays où les importations de poisson pèsent lourd sur la balance commerciale, ce texte est perçu comme un levier stratégique. Le Cameroun importe chaque année plusieurs centaines de milliers de tonnes de produits halieutiques pour satisfaire une demande intérieure croissante. Stimuler la production locale par l’aquaculture apparaît comme une priorité économique autant qu’alimentaire.
Le troisième décret, n° 2026/00636/PM, constitue le texte « cadre » de la réforme. Il précise les conditions d’exercice de la pêche elle-même à savoir la délivrance des licences, la délimitation des zones autorisées, réglementation des engins de capture, et mesures de protection des ressources marines et fluviales. Ce volet répond à une préoccupation croissante : la surpêche et la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) ont considérablement appauvri certaines zones côtières et lacustres du pays ces dernières décennies.
Ensemble, ces trois textes visent à aligner la gestion des ressources halieutiques camerounaises sur les standards internationaux en matière de durabilité et de transparence, des exigences de plus en plus incontournables pour accéder aux marchés d’exportation, notamment européens, soumis à des règles sanitaires et environnementales strictes.
Si la portée de ces décrets est saluée par les professionnels du secteur, leur mise en œuvre effective constituera le véritable test. Les acteurs de la pêche artisanale, qui représentent l’essentiel des captures nationales, attendent désormais que ces textes se traduisent par des mécanismes d’accompagnement concrets à savoir la formation, le financement, des infrastructures portuaires. La réforme juridique n’est qu’un point de départ.



