En visite de travail au Groupement des entreprises (Gecam) le 22 janvier, le ministre de l’Eau et de l’énergie a expliqué ce qui constitue le nœud du problème dans la fourniture en énergie électrique.
Célestin Tawamba n’y va pas de mains mortes. Droit au but, il expose à Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’énergie (Minee) les diverses frustrations que vivent les plus de 1000 membres du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam).
Florilège. « Vous constaterez que notre salle en ce jour de votre visite de travail est vide, nos adhérents se demandent ce qui peut encore leur être dit. » « Soyons dans les faits. Nous avons les problèmes d’énergie. » « Plus on investit dans les barrages plus il y a les délestages. » « Le Cameroun est le cœur industriel de l’Afrique centrale mais contrairement au Congo (Brazzaville où le patron du Gecam a d’importantes activités économiques, Ndlr) le kilowatt est à 25 francs quand, au Cameroun certains sont à 100 francs, d’autres à 140 francs » « 80 % des chefs d’entreprises ont de sérieux problèmes d’énergie électrique. » « Il a plu (la veille de l’arrivée du Minee au Gecam, Ndlr) mais comment on explique aux partenaires qu’au Cameroun il y a des problèmes d’énergie du fait de l’étiage. » Autant de pics acérés que le patron des patrons du Cameroun lâche, dans un propos non écrit, preuve de la maitrise par cœur des difficultés que connaissent les patrons d’entreprises.
Déficit de 3 milliards de M3 d’eau
A cette montagne de remarques qui freinent l’efficacité des entreprises du pays, le Minee met sur la table l’étiage, les contraintes du réseau et le déséquilibre financier. Ce dernier point justifie à lui seul la renationalisation de l’entreprise en charge de la production, de la distribution et de la vente de l’énergie électrique, Eneo.
Sur les étiages, le barrage de Nachtigal, indique le Minee, reçoit en cette matinée (du 22 janvier 2026) 650 m3 par seconde et produit 260 MW, au lieu des 420 MW attendus. Song Loulou reçoit 900 m3 par seconde et produit 320 MW au lieu de 384 MW. Memve’ele reçoit 250 m3 par seconde et produit 100 MW au lieu des 211 attendus. « Nous avons un déficit de 3 milliards de m3 d’eau », se désole le Minee.
Le second goulot d’étranglement qui plonge le pays dans les ténèbres repose sur la « congestion » du réseau de transport. L’axe du mal « le plus remarquable est le couloir Edea/Douala qui limite le transport énergétique à 545 MW alors que la demande s’élève à 671 MW.
En dehors de ce problème, il y a la surcharge des transformateurs moyennes tensions et basse tension. Le Minee met également à « sa défense » les caprices de KPDC et DPDC, qui, dès qu’ils ne sont pas payés, arrêtent leurs moteurs de production par souci de maintenance. « Nous nous mettons donc au thermique, le coût mensuel pour l’acquisition du carburant est de 5,5 milliards de FCFA », souligne le Minee.
Pour mieux faire face à tous ces problèmes dont le cœur est le déséquilibre financier, l’Etat central a décidé de renationaliser Eneo qui reçoit dans ses caisses 31 milliards FCFA par mois, pour des engagements de 44 milliards, et un déficit mensuel de 13 milliards de FCFA à résorber. « Cette situation entraîne des non paiements, le non-respect des engagements d’Eneo vis-à-vis des fournisseurs, nous cherchons l’équilibre », pointe le Minee, qui confesse une dette d’Eneo évaluée à 177 milliards de FCFA. « Il faut refinancer cette dette par un pool de banques pour une maturité de sept ans et deux années de grâce et un gain de 2,5 milliards de FCFA par mois. »
Pour aller plus loin, après le processus complet de la renationalisation, le gouvernement se donne cent jours et des défis spécifiques à relever pendant ce laps de temps qui devront mettre tous les clients au pas et renforcer la trésorerie d’Eneo.
Pour cela « tout le monde doit payer ses factures. L’Etat s’engage à payer régulièrement ses factures. Cette mesure apportera au minimum 2 milliards par mois. Eneo perd en moyenne 60 milliards de FCFA par an du fait de la fraude », confie le membre du gouvernement qui dévoile en outre l’acquisition en cours de 8000 compteurs intelligents qui seront fixés sur les édifices publics.
Aloys Onana



