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Produits pétroliers : Cameroun, Ghana, Côte d’Ivoire, ces pays qui s’approvisionnent chez Dangote, face à la guerre au Moyen-Orient  

L'entrée en service à plein régime de la méga-raffinerie nigériane d'Aliko Dangote modifie structurellement les flux énergétiques sur le continent africain. En mars 2026, l'infrastructure a finalisé l'exportation de 456 000 tonnes de produits raffinés vers cinq pays partenaires, dont le Cameroun, offrant une alternative locale face aux perturbations logistiques en provenance du Moyen-Orient.

by EDC
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A quelque chose malheur est bon, dit l’adage. Le 23 mars 2026, la direction de Dangote Petroleum Refinery a confirmé la vente et l’expédition de douze cargaisons de produits pétroliers, totalisant 456 000 tonnes métriques. Cette opération, réalisée sur une base « Free on Board » (FOB), marque le premier cycle d’exportation d’envergure de l’essence (Premium Motor Spirit) depuis que l’usine de Lekki a atteint sa pleine capacité nominale de 650 000 barils par jour en février dernier.

La liste des acquéreurs dessine une nouvelle carte de la dépendance énergétique régionale. Les volumes ont été acheminés vers le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et la Tanzanie. Pour ces économies, l’accès au carburant nigérian répond à une urgence opérationnelle autant qu’économique. Historiquement tributaires des raffineries européennes de Rotterdam ou des complexes du golfe Persique, ces pays font face, depuis le début de l’année 2026, à une envolée des coûts de fret et à des délais d’approvisionnement incertains dus à l’instabilité dans le détroit d’Ormuz.

Le volume de 456 000 tonnes équivaut à environ 608 millions de litres de carburant. Si la répartition précise par pays reste protégée par le secret commercial des négociants internationaux impliqués dans les transactions, les analystes de Kpler observent une montée en puissance des flux intracontinentaux. Les exportations de produits raffinés nigérians vers le reste de l’Afrique sont passées de 38 000 barils par jour en février à 90 000 barils par jour en mars 2026.

Le principal levier de cette expansion réside dans la réduction drastique des distances de transport. Pour le Cameroun ou le Ghana, s’approvisionner au Nigeria permet de réduire les trajets maritimes de plusieurs milliers de kilomètres par rapport aux routes traditionnelles venant du Moyen-Orient. Cette proximité géographique se traduit par une baisse estimée des coûts logistiques de 20 % à 30 %, offrant une marge de manœuvre budgétaire aux États qui subventionnent encore partiellement les prix à la pompe.

Au-delà de la logistique, l’argument qualitatif pèse dans les négociations. La raffinerie Dangote produit du carburant aux normes Euro 5, caractérisé par une très faible teneur en soufre. Ce positionnement permet au complexe de Lagos de s’opposer aux importations de combustibles de moindre qualité qui ont longtemps dominé les marchés africains.

Malgré ce succès à l’export, Aliko Dangote doit manœuvrer entre les ambitions continentales et la pression du marché intérieur nigérian. En mars 2026, environ 75 % de la production de la raffinerie demeure allouée à la consommation nationale pour stabiliser les prix locaux, qui ont franchi la barre des 1 300 nairas le litre dans les stations de Lagos.

L’expansion vers le Cameroun et ses voisins s’inscrit donc dans une stratégie de diversification des revenus en devises étrangères. Pour le Nigeria, qui a suspendu la délivrance de licences d’importation d’essence en mars 2026, l’objectif est double : satisfaire la demande locale et s’imposer comme le « hub » énergétique incontournable de l’Union Africaine. La réussite de ce premier grand cycle d’exportation valide la viabilité du modèle industriel de Lekki face aux géants mondiaux du raffinage.

Avantages

L’analyse des flux pétroliers de mars 2026 révèle un basculement structurel pour le Cameroun. Jusqu’ici dépendant à plus de 80 % des importations provenant des plateformes de négoce européennes (Rotterdam, Anvers) et, dans une moindre mesure, de la Russie, le pays trouve au Nigeria une alternative de proximité modifiant les équilibres budgétaires de la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures (CSPH).

S’approvisionner au Nigeria regorge de nombreux avantages. Le premier, la réduction drastique des coûts logistiques et de fret. Pour le Cameroun est purement géographique, la distance maritime entre le port d’Anvers et Douala est d’environ 9 000 kilomètres, contre seulement 450 kilomètres depuis le terminal de Lekki (Lagos). Le second avantage, le temps du transit. Les cargaisons européennes nécessitent 15 à 20 jours de navigation, contre moins de 48 heures depuis le Nigeria. Cette réduction du cycle logistique permet de diviser par quatre les frais financiers liés à l’immobilisation des capitaux durant le transport.

Un autre avantage, le coût du fret. L’utilisation de navires de taille intermédiaire (Medium Range) sur de courtes distances réduit le coût du transport à la tonne métrique. Selon les estimations de marché de mars 2026, l’économie réalisée sur le fret pur s’élève à environ 45 dollars par tonne par rapport aux routes transatlantiques.

L’importation depuis l’Europe expose le Cameroun aux fluctuations de l’indice Brent et aux tensions en mer Rouge ou en Europe de l’Est, qui renchérissent les assurances maritimes (War Risk Premiums). En s’approvisionnant chez Dangote, le Cameroun contourne ces zones de friction.

Le prix FOB (Franco à bord) proposé par la raffinerie de Lekki, bien que corrélé aux cours mondiaux, bénéficie d’une absence de droits de douane intra-africains dans le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF). Cela permet au gouvernement camerounais d’alléger la subvention à la pompe sans impacter le prix final payé par le consommateur, stabilisant ainsi la paix sociale.

Un facteur souvent sous-estimé dans la facture énergétique est le coût de la « non-qualité ». Les importations européennes destinées à l’Afrique ont longtemps été critiquées pour leur teneur élevée en soufre (parfois supérieure à 2 000 ppm), endommageant prématurément les moteurs et augmentant les coûts de maintenance des flottes de transport.

La production de Dangote respecte les normes Euro 5 (moins de 10 ppm de soufre). Pour le Cameroun, cela se traduit par une réduction des émissions de particules fines dans les zones urbaines comme Yaoundé et Douala. Une longévité accrue des injecteurs et des systèmes d’échappement des véhicules, réduisant indirectement la sortie de devises liées à l’achat de pièces de rechange importées.

Contrairement au marché européen, très fragmenté et soumis aux quotas de raffinage saisonniers, la raffinerie Dangote a été conçue pour devenir le « réservoir » de l’Afrique. Pour la Société nationale de raffinage (SONARA), dont les capacités restent limitées depuis l’incendie de 2019, ce partenariat avec le voisin nigérian sécurise les stocks stratégiques.

En mars 2026, le volume acquis auprès de Dangote représente environ 15 % des besoins mensuels du Cameroun en essence. Si cette tendance se confirme, le Cameroun pourrait réduire ses sorties de devises vers les banques européennes de près de 120 millions de dollars sur l’exercice annuel 2026, au profit d’un commerce Sud-Sud plus intégré.

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