Le dénouement du feuilleton financier depuis la renationalisation d’Eneo (voir ici) qui tenait en haleine le secteur énergétique national est désormais acté. À travers la signature d’un accord définitif, la République du Cameroun a procédé au rachat des 51 % de parts sociales détenues par le fonds d’investissement britannique Actis au sein de la société Eneo.
Cette transaction, d’un montant de 78 milliards de francs CFA qui a eu lei le 10 février 2026, porte la participation publique à 95 % du capital, tandis que les 5 % restants sont contractuellement réservés aux salariés de l’entreprise. Ce transfert de propriété met fin à une décennie de gestion sous pavillon britannique, marquée par des tensions persistantes sur la trésorerie et un déficit chronique d’investissements structurels.
Le retrait d’Actis intervient après plusieurs mois de tractations techniques. Pour le Trésor public, le décaissement de cette enveloppe vise à reprendre la main sur un outil de production et de distribution jugé névralgique pour la croissance économique du pays. L’opération marque le retour à une gestion étatique intégrale, rappelant l’époque de la Société nationale d’électricité, avant sa privatisation en 2001.
Défis
L’acquisition des parts sociales ne constitue que la première phase d’un processus de restructuration qui s’annonce complexe. Une fois l’acte de propriété consolidé, l’État se trouve face à une équation financière et technique immédiate. Le premier impératif réside dans l’assainissement du bilan comptable de l’entreprise.
Eneo est au centre d’un système de dettes croisées où l’État est à la fois actionnaire, régulateur et client débiteur. La capacité de la nouvelle entité publique à lever des fonds sur le marché financier régional ou international dépendra de sa capacité à présenter des états financiers certifiés et une trajectoire de désendettement crédible.
Le second défi concerne la maintenance du réseau de transport et de distribution. Le transfert de propriété ne résout pas l’obsolescence des infrastructures. Les pertes techniques et commerciales restent élevées, impactant directement le chiffre d’affaires. L’État doit définir sans délai un plan d’urgence pour la modernisation des transformateurs et la sécurisation des lignes de moyenne tension afin de stabiliser la fourniture d’énergie aux industries. Sans une injection massive de capitaux techniques, le risque est de voir l’outil de production continuer à se dégrader sous une gestion publique souvent critiquée pour sa lenteur administrative.
Enfin, la question de la gouvernance demeure centrale. La réussite de cette renationalisation repose sur la mise en place d’un management axé sur la performance contractuelle et non sur une gestion de type administratif. L’intégration des employés au capital à hauteur de 5 % est une mesure d’apaisement social, mais elle doit s’accompagner d’une révision des indicateurs de productivité. La pérennité du secteur dépendra de la capacité de l’État à attirer, à terme, de nouveaux partenaires techniques capables d’apporter l’expertise opérationnelle que les structures publiques ont parfois du mal à mobiliser de manière autonome.



