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Secteur pétrolier : l’État serre la vis face aux arriérés des marketeurs

Le ministère des Finances a ordonné, le 12 mars 2026, la suspension des importations pour sept opérateurs pétroliers majeurs. En cause, le non-reversement de milliards de FCFA de "trop-perçus" et de cotisations au fonds de soutien à la SONARA.

by EDC
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La note est tombée comme un couperet sur le bureau du Directeur Général de la Société Nationale de Raffinage (SONARA). Signée par Zang Martial Valéry, Administrateur Civil Principal et Président de la Plateforme de validation des manques à gagner, la lettre n°008-00068/MINFI/Cab/Plateforme MAG/de marque un tournant dans la gestion de l’aval pétrolier camerounais.

Sept entreprises, et non des moindres, sont officiellement frappées d’une interdiction de décharger leurs cargaisons. Parmi elles,  Neptune Oil, Planet Petroleum, Bocom Petroleum, Africa Petroleum, Alpha Oil, Gulfcam et Nickel Oil. Cette décision radicale fait suite à une session spéciale tenue le jour même, visant à assainir les comptes publics liés aux hydrocarbures.

Pour comprendre la sévérité de cette mesure, il faut plonger dans la mécanique complexe des prix du carburant au Cameroun. Lorsque le cours international du pétrole chute mais que le prix à la pompe reste fixe, les importateurs dégagent une marge excédentaire appelée « trop-perçus » (ou plus-values). Selon la réglementation, cette manne ne leur appartient pas,  elle doit être intégralement reversée au Trésor Public pour alimenter le mécanisme de péréquation.

À cela s’ajoute le Fonds de soutien à la raffinerie. Mis en place pour maintenir à flot la SONARA après l’incendie dévastateur de mai 2019, ce fonds est alimenté par un prélèvement spécifique sur chaque litre de carburant vendu. Les sept marketeurs incriminés sont accusés d’avoir collecté ces sommes auprès des consommateurs sans les avoir reversées à l’État.

Si le document officiel ne mentionne pas de montant précis, les données du ministère des Finances indiquent que la dette globale des marketeurs envers l’État et la SONARA se chiffre en centaines de milliards de FCFA. À titre d’illustration, la SONARA traîne une dette de près de 479 milliards de FCFA vis-à-vis de ses propres fournisseurs, et compte sur ces reversements pour financer son ambitieux plan de réhabilitation de 250 milliards de FCFA prévu d’ici 2027.

Le refus de ces opérateurs de valider leurs manques à gagner,  c’est-à-dire de confronter leurs chiffres avec ceux de l’État pour arrêter le montant exact dû, bloque tout le système. En suspendant la réception des navires affrétés, l’État utilise son ultime levier de pression, ce qui consiste à asphyxier logistiquement ceux qui menacent sa souveraineté énergétique.

Cette épreuve de force pose la question de la stabilité du marché. Neptune Oil et Bocom étant des acteurs de poids, leur mise à l’écart forcée pourrait, à court terme, tendre les stocks dans les stations-service. Toutefois, pour le gouvernement, le message est clair, la fin de l’impunité est la condition sine qua non pour attirer de nouveaux investisseurs, comme le géant nigérian Dangote, récemment approché et garantir la survie de la raffinerie de Limbé.

Désormais, le déblocage des navires au large des côtes camerounaises est suspendu à un chèque, ou du moins, à un engagement ferme de régularisation. Dans les couloirs du ministère des Finances, on murmure que d’autres sanctions pourraient suivre si les sept entreprises pointées du doigt ne rentrent pas rapidement dans les rangs.

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