Par Georges Alain Boyomo [photo]
Le Conseil constitutionnel ne trahira pas sa réputation, à l’occasion de l’élection présidentielle 2025. L’institution gardera, à l’instar de la célèbre Tour de Pise, son inclinaison si caractéristique en faveur d’une seule et même personne, en l’occurrence Paul Biya, dont les membres, amovibles, sont oints du décret.
Grande gueule repentie d’un système qui sait, au moindre coup de chaud, se recroqueviller automatiquement dans son bain de bave, tel un escargot, Issa Tchiroma Bakary a choisi de ne pas se soumettre à l’imperium des « sages », convaincu qu’il s’agirait d’une caution à sa « victoire volée ».
Le candidat du Rdpc sera donc proclamé vainqueur du scrutin, au milieu d’une scène désertée par ses principaux concurrents. Mais, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. En se lançant dans la course pour un 8e mandat à 93 ans dont 43 de magistrature suprême, le candidat du Rdpc voulait d’une victoire claire, nette et sans bavure. Ce d’autant plus que ses stratèges ont fait feu de tout bois et obtenu la disqualification de son adversaire le plus redoutable, Maurice Kamto. Les mêmes l’ont assuré de ce que Issa Tchiroma Bakary, ferait, faute d’un appareil politique représentatif, au plus 5% des suffrages exprimés, dans le scénario le plus optimiste.
Coup de théâtre, le chef de l’État réélu ressort du scrutin avec un sacre entaché d’irrégularités, de vices bruyants et de contre-performances symboliques. Une victoire amère, une victoire au goût de défaite.
L’autopsie méticuleuse de cet extraordinaire retournement de situation révélera certainement une cécité stratégique du pouvoir et, partant, un déni morbide de la réalité, pourtant frappante.
La désespérance et le sursaut d’un peuple prêt à s’accrocher même à un « bon diable » pour se donner une nouvelle trajectoire, le report massif des voix des partisans de Maurice Kamto au bénéfice de Issa Tchiroma Bakary, principalement au motif d’avoir été le seul candidat à s’être distinctement démarqué pour une revendication éventuelle de victoire, la désaffection populaire vis-à-vis d’une certaine élite du Rdpc arrogante, condescendante, et dont la veulerie est allée jusqu’à la confiscation des gadgets de campagne du candidat du Rdpc ; toutes choses qui ont poussé de nombreux militants du « parti du flambeau » à s’abstenir ou à voter un autre candidat le 12 octobre 2025. Autant de contre-feux qui n’ont pas milité pour le plébiscite attendu du champion du Rdpc.
La campagne électorale a minima de Paul Biya, dont des fantassins cybernétiques, annonçaient pourtant, avec triomphalisme, la présence dans une demi-dizaine de villes du Cameroun, pour la circonstance, n’a, non plus, joué en sa faveur. Plus grave, la seule et unique étape de Maroua a été marquée par le délire ubuesque de Cavaye Yeguié Djibril, l’une des mascottes d’un régime qui dégage une odeur de naphtaline.
Paul Biya est donc réduit à passer par une souricière pour s’adjuger ce nouveau mandat et à déployer l’armée dans la rue pour faire avaler la pilule. La tectonique de cette victoire à la Pyrrhus lui impose une purge de son système et des réformes robustes à un rythme soutenu. Peu porté vers des mouvements diligents et de grande amplitude, Paul Biya n’a pourtant plus le temps pour allié. Dans la course contre la montre qu’il va engager dès sa prestation prochaine de serment, il ne sera pas différent d’un cycliste sur une pente raide. Il faudra pédaler et réenchanter. Au-delà du verdict programmé du Conseil constitutionnel, il est désormais question de gagner les cœurs et, partant, la paix.
Source : Editorial paru dans Mutations du 22 octobre 2025



