Dans l’annonce de sa candidature le 13 juillet, Paul Biya, 92 ans, s’est félicité des résultats « visibles » « appréciables ».
L’annonce de la candidature de Paul Biya à la présidentielle du 12 octobre 2025 a été faite le 13 juillet 2025. Un engagement pris sur la base des résultats engrangés pendant le septennat et que le plus vieux président au monde – 92 ans – a mis en avant, sans pour autant se risquer à dévoiler une seule statistique. « Assurer la Sécurité et le bien-être des filles et des fils de notre cher et beau pays est la mission sacrée à laquelle je consacre mon temps et mon énergie depuis mon ascension à la magistrature suprême. Les résultats sont là. Visibles. Appréciables », a rédigé l’homme qui veut son huitième mandat à la tête du Cameroun.
Tout ne saurait être noir pendant ce septennat 2018/2025, voire durant les plus de quarante ans de magistère de Paul Biya. A son actif, au sujet des secteurs qui ont permis le bien-être et la sécurité des camerounais, l’on peut relever la réalisation du port en eau profonde de Kribi, où des chiffres officiels donnés par Patrice Melom le Directeur général, 5000 emplois directs ont été créés, cette entreprise revendique la collecte de 1200 milliards de FCFA depuis son fonctionnement en 2018. L’on peut souligner les prouesses infrastructurelles réalisées par Cyrus Ngo’o au port autonome de Douala, sans perdre de vue la multiplication des barrages hydroélectriques -avec des résultats mi-figue mi-raisin. Quelques rares secteurs peuvent se démarquer.
Mais, une fois les chiffres scrutés en profondeur, c’est la désolation totale, qui ternit tous les efforts fournis. Ceux-ci laissent voir un régime paresseux, absent. Des membres du gouvernement ont critiqué leur propre management, c’est le cas de Martin Mbarga Nguelé (Délégué général à la sûreté nationale), Paul Atnga Ndji en l’occurrence ont fustigé le réseau routier.
Bien plus, selon la 5e Enquête camerounaise auprès des ménages (ECam5), dont l’Institut national de la statistique (INS) a publié les résultats le 24 avril 2024, près de deux Camerounais sur cinq vivent en dessous du seuil national de pauvreté, estimé à 813 FCFA par jour et par personne. « Avec ce seuil, ce sont environ dix millions de personnes qui vivent dans la pauvreté en 2022, pour une population totale estimée à environ 27 millions d’habitants », avait souligné l’INS dans le communiqué annonçant les résultats d’Ecam 5.
Bien plus, apprend-on de cette enquête, le taux de pauvreté au Cameroun est de 38, 6 %. D’autres sources, notamment les Nations Unies et la Banque mondiale (BM) estiment de manière empirique que ce taux stagne autour de 40 % avec de fortes disparités régionales. La BM, dans sa Revue des finances publiques du Cameroun (2024), dresse un tableau peu reluisant, totalement en contraction avec ce que Paul Biya voudrait faire croire le candidat déclaré à la présidentielle pour le compte du RDPC. « Le Cameroun a connu une trajectoire de croissance quelque peu décevante ces dernière années, malgré un taux de croissance moyen du PIB réel d’environ 3% pendant les dernières décennies […] Le PIB par habitant du Cameroun n’a pas encore retrouvé son niveau de 1990 et est désormais inférieur au niveau de revenu de ses pairs », constate la BM.
Les données économiques du Cameroun sont alarmistes, si bien que la boussole SDN-30 s’est donnée pour mission dans ses prévisions de remmener le sous-emploi de 77 % en 2014 à moins de 50 % en 2030. Ce document de référence se donne pour objectif de faire accéder le Cameroun au statut de pays à revenus intermédiaire de la tranche supérieure. Pour la BM, les pays de cette catégorie ont un revenu national brut par habitant (Rnb/h) compris entre 4500 et 13 800 dollars selon une méthode de calcul dite Atlas. Or sur la base de cette méthode, constate l’économiste Emmanuel Noubissie Ngankam dans les colonnes de Lignes d’horizon (janvier 2025), « le Rnb/h du Cameroun est d’environ 1800 dollars. » Et l’économiste de pointer, « le bateau Cameroun a perdu le nord et s’éloigne du cap 2035. »
Si dans sa de déclaration de candidature Paul Biya écrit que « le meilleur reste à venir », Emmanuel Noubissie Ngankam pense que « le Cameroun ne devrait pas et ne mériterait pas d’être le pays de l’avenir et le demeurer éternellement. Repenser les orientations stratégiques et opérationnelles, s’atteler à leur mise en œuvre en vue de retrouver le cap de l’espérance, tels sont les enjeux de l’heure. »
Aloys Onana



