Motivés par leur immense succès économique au Cameroun, ces deux ténors de l’économie camerounaise sortent de plus en plus de leur zone de prédilection pour se lancer à la conquête de l’Afrique.
Partis du fin fond de leur village où leurs parents n’étaient pas du tout milliardaires, ils ont su s’imposer par la force du travail, ont développé des entreprises qui aujourd’hui, ont de plus en plus en ligne de mire, le continent, après avoir réussi à gagner le marché camerounais où, investir demeure ultra difficile, du fait des tracasseries administratives, la porosité des frontières, la méfiance du politique vis-à-vis des champions nationaux, entre autres.
Le premier à déployer ses tentacules loin du Cameroun, c’est Paul Kammogne Fokam. Son Groupe Afriland First Bank (basé en Suisse) est déjà présent dans sept pays, allant du Bénin au Soudan du Sud en passant par l’Ouganda. Mais depuis avril 2025, cet investisseur de 77 ans est dans une nouvelle dynamique, comprise entre le renforcement de son groupe bancaire que la diversification de ses activités.

S’agissant des activités bancaires, le Tchad, malgré son taux de bancarisation estimé à 2,85 % d’après le rapport 2023 sur les services de paiement dans la Cemac, publié le 15 octobre 2025 par la BEAC, attire le Camerounais Paul Fokam [dont la fortune est estimée à plus de 7 milliards de $ selon Forbes]. Ce compatriote a, le 9 novembre 2025, à Abu Dhabi aux Emirats arabes unis, été reçu par le chef de l’exécutif du Tchad Mahamat Deby Itno.
De cette rencontre, une annonce est faite. L’ouverture d’une filiale bancaire d’Afriland First Group à N’Djaména, un vieux projet est en gestation depuis deux décennies. « Nous accompagnons l’économie tchadienne. Nous avons financé des centaines de milliards [FCFA] au Tchad, malgré le fait que nous ne soyons pas présents », a confié Guy Laurent Fondjo, président du développement du groupe. A titre de rappel, Afriland First Holding (AFH), filiale du groupe Afriland First Group, a coordonné le dernier emprunt obligataire de l’Etat tchadien, voir ici.
Ainsi, donc, pour être plus proche de ses clients tchadiens, l’installation d’Afriland au Tchad est annoncée et sera effective les mois à venir. Toujours en marge du Forum Tchad–Émirats Arabes Unis sur le commerce et l’investissement consacré au Plan National de Développement Tchad Connexion 2030, Paul Fokam a dévoilé son désir de maximiser la présence de son Groupe en Afrique de l’Ouest. « Nous avons discuté des opportunités d’investissements pour le développement harmonieux du Togo. Je crois que dans tous les domaines, on peut faire quelque chose en apportant aussi d’autres partenaires pour intervenir dans différents secteurs en fonction de la vision du Président du Conseil et des besoins de la population », a déclaré Paul Fokam, au terme de l’audience que lui a accordée le Président du Conseil togolais, Faure Essozimna Gnassingbé.
Ce qui est préparation sera une structure dont le cahier de charges portera sur la prise de participations dans des projets d’investissement, des services de conseil et d’assistance dans divers domaines, notamment l’administration, le commerce, la comptabilité, la gestion des ressources humaines et la technique, indique en l’occurrence Ecofin.
RCA
Avant ces récentes projections sur le Tchad et le Togo, en avril 2025, Afriland First Holding et l’indien Mahasakthi Group ont annoncé des investissements de 800 milliards de FCFA pour la culture et la transformation du manioc et de la canne à sucre en RCA.
Dans le détail, il ressort que le groupe indien Mahasakthi investira 200 millions $ dans la culture et la transformation du manioc, 5000 emplois directs sont à créer dans la grande plantation gérée par Mahasakthi Group, 25.000 emplois directs pour les petits planteurs locaux, 200 emplois directs au sein de la centrale électrique qui est aussi dans les prévisions.
Le projet du manioc s’étendra sur une surface de 10.000 hectares dont 5000 hectares pour la production agro-industrielle par le Groupe Mahasakthi, et 5000 hectares alloués aux planteurs locaux. Chaque planteur pouvant exploiter un minimum de 5 hectares. Une précision à souligner ici. Le projet a deux composantes : une composante alimentaire et une composante énergétique.
Chez Afriland Holding, le cœur de métier est banque et finance. Ainsi, l’on envisage la création d’une micro banque de développement appartenant aux acteurs de l’écosystème. Les planteurs qui exploiteront les 5000 hectares seront insérés dans l’écosystème financier bâti autour du complexe agroindustriel. A cet écosystème ainsi bâti sera greffée une micro banque de développement qui est la propriété des acteurs de l’écosystème.
Célestin Tawamba
Fruit de la diaspora, Célestin Tawamba, ancien superviseur d’audit chez Ernst & Young (1992-1996), diplômé de HEC et de l’université Paris Dauphine, commence sa carrière au début des années 1990. Il rejoint ensuite le forestier libanais Hazim comme directeur financier. C’est en 2002 qu’il se lance dans le difficile monde industriel avec La Pasta. Au début, il s’agit d’une petite unité produisant 25 tonnes par jour de pâtes alimentaires et de farine.
Un peu plus de deux décennies plus tard, le patron de Cadyst Grain pèse plus de 55 milliards de FCFA (chiffres de 2016). Le Groupe à ce jour a multiplié ses activités, qui sont compris entre la distribution (Cadyst Retail), la santé (Cadyst Health Care), aviculture et provenderie (Cadyst Farming), spécialisée notamment dans la production des poussins d’un jour. Le Groupe fait partie des premiers à arriver sur la place portuaire de Kribi -où 15000 hectares attendent des investisseurs- et de ce côté, Cadyst Grain, déjà propriétaire de 5 usines, a également érigé une immense installation à Kribi.

Véritable champion national, le Groupe s’est lancé dans la conquête du continent, en débutant par le Congo Brazzaville « C’est avec une immense joie et une profonde émotion que nous accueillons SGMC et SGMP au sein de Cadyst. Le 6 août 2025 marque bien plus qu’une acquisition : c’est le point de départ d’un chapitre nouveau, porteur d’opportunités inédites pour nos équipes, nos partenaires et nos marchés. Au-delà des actifs et des chiffres, ce sont des Femmes et des Hommes qui rejoignent notre aventure avec leur expérience, leur culture et leur savoir-faire. Ensemble, nous allons conjuguer nos forces pour écrire une page de performance, d’innovation et de responsabilité, au service de l’Afrique et de son destin agro industriel. »
Dans un communiqué rendu public le 16 octobre 2024, le Groupe Somdia avait annoncé qu’au terme d’un processus d’appel d’offres, suivi des discussions approfondies, un accord avait été trouvé avec le Groupe Cadyst, pour la reprise de la Société Grand Moulin du Cameroun (SGMC) et la Société le Grand Moulin du Phare (SGMP) au Congo.
Aloys Onana



