Contrairement à Ahidjo qui a manœuvré pour l’arrivée de deux compatriotes à la tête de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), Paul Biya n’apprécie pas beaucoup que certains de ses compatriotes briguent de hautes fonctions à l’international.
Le nouveau président de la Banque africaine de développement (BAD) a été élu le 29 mai 2025. Le Mauritanien Sidi Ould Tah a succédé au Nigérian Akinwumi Adesina, qui aura passé une décennie à la tête de cette institution financière panafricaine, très critiquée par le secteur privé du continent qui lui fait le reproche de prioriser le secteur public dans ses financements.
Au-delà de cette élection, des experts créditaient l’Afrique centrale de plusieurs possibilités de prendre la présidence de la BAD après le tour de l’Afrique de l’Ouest. Avisé et convaincu de ses chances de réussite, Albert Zeufack [photo] manifeste son intention de candidater. Son enthousiasme est dopé par de discrets soutiens mais fermes de nombreux chefs d’Etat d’Afrique de l’Est. Ceux de l’Afrique australe sont également de la partie.
L’économiste directeur pays de la Banque mondiale pour l’Angola, le Burundi, la République démocratique du Congo (RDC) et Sao Tomé-et-Principe a tout de même besoin du soutien de Yaoundé. D’ailleurs le 17 juillet 2024, le ministre délégué auprès du ministère des Relations extérieures en charge du Commonwealth, Felix Mbanyu, indique au ministre d’Etat secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, les étapes nécessaires pour concrétiser ce soutien. Il est question d’avoir l’appui des pays d’Afrique centrale, négocier avec le Tchad dont le candidat traine des casseroles mais aspire au poste, sécuriser le soutien du Nigeria. De plus, le Cameroun devra obtenir l’aval de l’Union africaine, dont les votes constituent 61 % du total requis. Le palais présidentiel restera muet. Jusqu’à la fin du vote du 29 mai 2025.
Théodore Nkodo
Avant Albert Zeufack, Théodore Nkodo Foumena, Dr en économie et ancien étudiant de l’Université du Maryland, aux Etats-Unis, a travaillé dans le groupe de la Banque mondiale. Ses états de service font parler de lui. Ce qui séduit Omar Kabbaj, président de la BAD de 1995-2005. Celui-ci met à ses côtés Théodore Nkodo Foumena qui, en 2002, est propulsé au poste de vice-président de la BAD. Le président en exercice le prépare en réalité à prendre le flambeau après lui.
Au moment des préparatifs du vote, Théodore Nkodo Foumena saisit Yaoundé. Qui attendra les toutes dernières semaines pour faire acheminer le dossier. Le Camerounais ne fera campagne que dans quatre pays, tandis que le Rwandais Donald Donald Kaberuka avait déjà une longueur d’avance, c’est lui qui sera élu, pour trôner de 2005-2015.
Camille Philippe Akoa
C’est depuis le 11 novembre 2005 (en qualité d’Administrateur par intérim, puis de Directeur Général depuis le 20 septembre 2006) que Camille Philippe Akoa est à la tête du Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (FEICOM), où ce magistrat enchaine de bonnes performances.
Amoureux de nœud papillon –comme Akinwumi Adesina- le patron du Feicom en ce mois de février 2024 songe à changer de défis professionnels. Il candidate à la direction exécutive d’ONU-Habitat. Son intention est vite reprise sur les réseaux sociaux, ce qui semble être une victoire car, le patron –en passe de quitter le Feicom- a déjà obtenu l’aval du palais de l’Unité. La légende raconte que, pendant que Camille Philippe Akoa avait un entretien avec Antonio Guterres, le Secrétaire général de l’Onu et qu’il était dans une salle d’attente, des fonctionnaires mandatés par Yaoundé vont être reçus en premier. Le dossier de Camille Philippe Akoa s’arrêtera là.
Si Ahidjo avait réussi à « imposer » Nzo Ekangaki (1972-1974) et William Eteki Mboumoua (1974-1978) à la tête de l’Organisation de l’Unité africaine, Paul Biya, lui, préfère des « amis » sans « ambitions présidentielles », « sans grande influence politique capable de l’ébranler » comme l’explique un diplomate. C’est le cas de Philémon Yang, ancien chef du gouvernement, élu à la 79e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, de Modeste Mopa Fatoing, ancien Directeur général des impôts, détaché depuis 2023 auprès du Fonds monétaire internationale, pour une durée de 3 ans.
Des confidences, le chef de l’Etat reçoit une fois par an des fiches de personnalités camerounaises décrites comme capables d’exercer la fonction suprême. Un travail de fourmi fait par des experts discrets et autres services spéciaux qui scrutent des médias, mais surtout des camerounais en poste dans des institutions internationales, des multinationales de renom.
L’on recherche ce que ces camerounais disent de leur pays d’origine et des dirigeants en poste, le nombre de passeports en leur possession etc. « Ce qui pourrait justifier la méfiance vis-à-vis de la diaspora et de ses étoiles brillantes », commente notre source. Qui souffle que le chef de l’Etat reçoit aussi une fois par an la liste actualisée des ‘’ennemis de la nation’’, ces détracteurs –opposants jugés sérieux à pouvoir exercer la fonction suprême.
Aloys Onana



