L’Etat central du Cameroun devra opérer une profonde révolution pour convaincre tous les acteurs du secteur, du transporteur aux producteurs indépendants.
Le barrage de Kikot [le lieu en photo] est au stade de préparation. Infrastructure dont le coût de construction est évalué à 655 milliards FCFA pour la production de 500 mégawatts, le principal bailleur de fonds exige une grosse batterie de réformes, pour que son appui financier soit au rendez-vous de cette infrastructure énergétique.
Un ensemble d’exigences que connaît le ministère de l’Eau et de l’énergie (Minee). Gaston Eloundou Essomba, patron du secteur, déplore un vaste déséquilibre financier. D’autres maux sont donnés à la pelle. Comme le faible rendement de distribution dû au niveau élevé des pertes techniques, le faible taux de recouvrement des factures, la fraude qui entraîne un niveau élevé de pertes commerciales, le recours systématique du distributeur à des prêts de court terme auprès des banques commerciales pour les investissements dans le secteur.
Par ailleurs, l’on fustige le paiement tardif ou insuffisant des entités publiques, le gel des tarifs pour certains clients régulés basse et moyenne tensions par l’Etat depuis 2012, ce qui entraine des compensations tarifaires élevées. « Ce déséquilibre se traduit par une crise de liquidité qui fait que les recettes effectivement collectées par Eneo ne parviennent pas à couvrir l’ensemble des charges du secteur, notamment le paiement des factures des différents producteurs indépendants, des opérateurs du secteur et du service de la dette bancaire. A titre d’exemple, Eneo a collecté en moyenne au cours de ces deux dernières années une trentaine de milliards de FCFA par mois pour des charges qui tournent autour d’une quarantaine de milliards », souligne le Minee.
La Banque mondiale souhaite donc que l’Etat central prenne toutes les dispositions fermes, qui feront que des producteurs indépendants d’énergie tels que NHPC, KPDC ou DPDC, le transporteur Sonatrel et le gestionnaire d’eau EDC n’aient plus aucune difficulté conjoncturelle.
La main sur le coeur
Le gouvernement est déterminé à implémenter les actions du Plan de redressement prioritaire du secteur de l’électricité, contenu dans son Compact énergétique qui a d’ailleurs reçu le soutien des principaux partenaires au développement dont la Banque Mondiale (BM) et la Banque Africaine de Développement, à New-York 28 septembre 2025. Il a donc obligation de changer radicalement de paradigme et de réajuster son mode de fonctionnement dans ce secteur.
D’où de nombreux engagements. Ainsi, la main sur le cœur, l’Etat central annonce des mesures particulières jugées fortes pour les entités publiques et les collectivités territoriales décentralisées. « Ces mesures pourront aller jusqu’aux retenues à la source pour certaines entités. C’est dire que l’engagement fort du gouvernement dans cette restructuration est d’emmener chacun à payer sa facture d’électricité. Dans le même ordre d’idées, une lutte sans merci sera menée contre la fraude. Les pertes dues à la fraude sont de l’ordre de 60 milliards par an », confie le Minee.
D’autres engagements sont pris, pour mieux faire les yeux doux à la BM et autres partenaires financiers. Comme la pose de 15 000 compteurs intelligents dans les postes MT/BT (moyenne tension, basse tension) permettant ainsi la gestion des flux et par la même occasion de générer une trésorerie additionnelle.
Pour élargir sa base clientèle et engranger plus de revenus, le gouvernement projette de finaliser d’ici fin 2026, le raccordement aux réseaux de nouvelles industries qui demandent environ 150 mégawatts ; ce qui représente à peu près 50 milliards de revenus supplémentaires.
« Le but ultime », souligne le Minee, est « d’engranger plus de revenus pour payer à temps tous les opérateurs du secteur » et « renouer avec les investissements à travers l’augmentation des capacités de production, la maintenance des équipements actuels et l’extension des réseaux pour fournir l’électricité à un plus grand nombre de Camerounais. »
Ainsi donc, le gouvernement prend la résolution de mettre en place une équipe de direction capable de conduire les réformes indispensables au redressement du secteur électrique. La BM, elle, ne manquera pas d’évaluer tous ces engagements à l’aune de ce qui sera fait.
En rappel, la production énergétique du Cameroun est principalement assurée par les centrales hydroélectriques (70,13%), thermiques fuel (16,13%), thermiques gaz (10,74 %) et solaires (3%). Ce parc est géré majoritairement par la société ENEO, EDC, et par les producteurs indépendants KPDC, DPDC et NHPC qui représentent 38% sur le plan national et 43% dans le réseau interconnecté sud (RIS).
Aloys Onana



