D’entrée de jeu, pause. Regardez bien cet homme. C’est un Juriste fiscaliste de formation. Mais découvrons ensemble son incroyable odyssée professionnelle. En effet, le parcours de Serge Esso ne se lit pas comme une carrière linéaire. Il se lit comme une traversée méthodique des secteurs les plus régulés de l’économie africaine. Tout commence à Paris, où il décroche dans les années 1990 un DESS en droit des affaires internationales à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, complété par une maîtrise en droit fiscal et une autre en droit du commerce international. C’est dans la capitale française qu’il entre dans la vie active. Une rencontre fortuite avec Vincent Bolloré, à qui il se présente spontanément dans une station-service parisienne où il travaillait pour financer ses études, lui ouvre les portes du groupe Bolloré Technologies à Puteaux, à la direction juridique.
À la fin des années 1990, il rentre au Cameroun et rejoint PricewaterhouseCoopers. Il y est rapidement détaché à Malabo, en Guinée équatoriale, pour contribuer à l’ouverture du bureau local du cabinet, dans un contexte de boom pétrolier. À ce poste, il accompagne sur le plan juridique et fiscal des multinationales de l’énergie telles qu’ExxonMobil, Total ou Schlumberger. L’expérience forge chez lui une double maîtrise. Celle des environnements réglementaires complexes et celle des rapports entre entreprises étrangères et autorités locales.

En septembre 2003, il prend la direction des ressources humaines de Camrail, filiale de Bolloré, avant de basculer, de 2004 à 2006, vers Shell Oil Products Africa, où il couvre les activités juridiques et fiscales du groupe pétrolier pour seize pays d’Afrique centrale et occidentale. C’est l’un des postes les plus transversaux de sa carrière : gérer simultanément seize marchés nationaux implique de naviguer entre des cadres légaux distincts, des administrations fiscales aux pratiques hétérogènes et des contextes politiques contrastés.
Il change ensuite de secteur et rejoint AES-Sonel, la compagnie d’électricité privatisée. Il y prend la tête du pôle droit des affaires de la direction juridique, et participe à ce titre à des projets d’infrastructure énergétique structurants, parmi lesquels la centrale à gaz de Kribi, la centrale à fuel lourd de Dibamba, ainsi que la rénovation de plusieurs installations existantes. Six années dans l’énergie, au cœur des négociations contractuelles entre une entreprise concessionnaire et un État actionnaire.
En 2013, MTN Cameroun le recrute comme General Manager Corporate Services. À ce poste, il supervise les départements juridique, réglementaire, institutionnel et communication, ainsi que la Fondation MTN, et assure le porte-parolat de l’entreprise. Il conduit notamment, en 2015, la négociation des licences 3G et 4G de MTN Cameroun. Négocier une licence de téléphonie mobile dans un marché en forte régulation signifie traiter directement avec les ministères sectoriels, les agences de régulation et le cabinet de la présidence. C’est une discipline en soi.

En 2018, il quitte MTN pour fonder Glencoe Advisory à Douala, un cabinet de lobbying spécialisé dans l’accompagnement des investisseurs internationaux en Afrique francophone subsaharienne. La firme se positionne comme un pont entre les investisseurs étrangers et les pays à fort potentiel, en leur offrant notamment des programmes de conformité légale et réglementaire, de gestion des parties prenantes et d’affaires institutionnelles. La logique est cohérente avec l’ensemble du parcours : mettre au service d’une clientèle privée une intelligence des systèmes acquise au fil de vingt-cinq ans dans des environnements contraints.
Ecobank Cameroun
Ce que cet itinéraire apporte concrètement à Ecobank Cameroun se mesure à plusieurs niveaux. D’abord sur le plan réglementaire d’abord. La banque opère dans un secteur soumis aux exigences de la COBAC, aux normes prudentielles de la CEMAC et à des obligations de conformité qui s’intensifient à mesure que les standards internationaux de lutte contre le blanchiment se resserrent. Un administrateur dont la carrière entière s’est construite dans la gestion du risque réglementaire, de la fiscalité et du droit des sociétés représente une ressource directement utilisable dans les délibérations du conseil.
Sur le plan institutionnel ensuite. Ecobank est une banque panafricaine. Elle intervient dans des contextes où les relations entre opérateurs privés et puissance publique sont décisives. La capacité à anticiper les évolutions réglementaires, à gérer les signaux envoyés aux autorités de tutelle, à positionner l’institution dans les débats de politique sectorielle, ce sont des compétences que Serge Esso a exercées dans des entreprises exposées aux mêmes enjeux, dans les télécommunications comme dans l’énergie.

Sur le plan de la gouvernance enfin. La qualité d’administrateur indépendant n’est pas un statut formel. Elle suppose une distance suffisante vis-à-vis du management exécutif pour exercer un contrôle réel sur les orientations stratégiques et les risques pris par l’institution. Un profil construit en dehors du secteur bancaire stricto sensu, mais formé dans des structures de taille et de complexité comparables, peut apporter à ce rôle une forme de recul que les administrateurs issus de la banque n’ont pas toujours.
L’entrée de Serge Esso au Conseil d’administration d’Ecobank Cameroun intervient dans un moment où la pression réglementaire sur le secteur bancaire en Afrique centrale s’accroît, où la gestion du risque de réputation est devenue un impératif de premier rang, et où les banques doivent démontrer à leurs actionnaires comme à leurs superviseurs que leur gouvernance est à la hauteur de leur ambition commerciale. Le profil choisi répond à cette exigence avec un ancrage local et une profondeur sectorielle que peu de candidats au poste auraient pu réunir.



