C’est une déclaration qui résume quatre ans de friction institutionnelle. Prenant la parole à la Finance Week 2026, Richard Evina Obam, Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations du Cameroun (CDEC), a posé le diagnostic sans détour. « Le service public des dépôts et consignations est national partout, sauf en Zone CEMAC où le régulateur bancaire a prétendu qu’en raison de l’importance des avoirs en déshérence, leur transfert à la CDEC tel qu’envisagé par l’État du Cameroun, impacterait l’équilibre financier. »
Ce qu’il faut entendre derrière cette formulation, c’est une dénonciation de ce que la CDEC et le gouvernement camerounais perçoivent comme une ingérence de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) dans une matière relevant de la souveraineté nationale. La CDEC soutient que les dépôts et consignations ne font pas partie des matières transférées à la compétence communautaire. En invoquant le risque systémique, la COBAC aurait utilisé un argument prudentiel pour bloquer une politique publique mise en œuvre par décret du Premier ministre.
Créée par la loi du 14 avril 2008 et organisée par le décret du 15 avril 2011, la CDEC a pour mission de collecter, sécuriser et gérer à long terme des ressources financières non utilisées. Ces fonds sont ensuite orientés vers le financement de projets d’intérêt général, en soutien aux politiques publiques de l’État. Il s’agit de mobiliser les avoirs dormants- comptes bancaires inactifs depuis plus de dix ans, contrats d’assurance en déshérence, cautionnements non réclamés, consignations judiciaires- pour les convertir en ressources de financement du développement. La CDEC peut concourir au financement du développement du pays, par l’intermédiaire de structures spécialisées, selon les priorités définies par le gouvernement. L’institution travaille par ailleurs à la création d’une filiale bancaire pour réduire sa dépendance vis-à-vis des banques commerciales dans la collecte de ces fonds.
Un conflit à l’échelle communautaire
La CDEC avait commencé dès 2022 une campagne de collecte des avoirs en déshérence auprès des banques et établissements financiers camerounais. La COBAC avait jugé ces opérations contraires à la réglementation communautaire. Le litige s’était cristallisé autour de deux enjeux : la souveraineté nationale en matière de gestion des fonds publics et la primauté du droit communautaire de la CEMAC. Le bras de fer a pris une tournure judiciaire en octobre 2025, lorsque la CDEC a traîné devant le Tribunal de grande instance du Mfoundi des directeurs généraux de banques dont ceux de Citibank, SG Cameroun, Ecobank, Afriland First Bank, CBC pour coaction et refus de transfert des avoirs.
Malgré les résistances, les transferts ont commencé. Au 30 avril 2025, la CDEC avait encaissé 83 milliards de FCFA, soit 21 % des 400 milliards qu’elle prévoyait de centraliser sur l’ensemble de l’année. La cartographie des contributeurs est la suivante. La BICEC occupe la première position avec 13 milliards de FCFA reversés, suivie par la SCB (8 milliards), la Société Générale Cameroun (7 milliards) et Standard Bank (6 milliards). Bange Bank Cameroon, UBC et UNICS ont chacune versé 1 milliard de FCFA, tandis qu’Afriland First Bank et le Crédit Foncier du Cameroun se situent respectivement à 900 millions et 910 millions de FCFA. Hors secteur bancaire, Allianz Assurances Cameroun a transféré plus de 1,5 milliard de FCFA de contrats en déshérence, et la Société Immobilière du Cameroun (SIC) a versé 482 millions de FCFA au titre des cautionnements d’habitat.
L’enjeu global reste de taille. Certaines sources avancent que les avoirs éligibles pourraient représenter 20 % des dépôts bancaires, soit environ 1 500 milliards de FCFA. Un chiffre qui éclaire la détermination du DG de la CDEC et l’intensité du conflit qu’il porte désormais sur la place publique.



