L’origine de la polémique remonte à une intervention de la professeure Viviane Ondoua Biwolé, spécialiste du management public, sur le plateau de l’émission Club d’Élites diffusée sur Vision 4. Selon elle, on ne peut pas passer de préfet à directeur général de la SONATREL et attendre que l’entreprise soit rentable. Une intervention qui, selon la SONATREL, constitue la troisième sortie de l’universitaire sur ce même sujet et sur le même plateau.
Dans son communiqué, la Division de la Communication et des Relations Publiques affirme avoir « pris acte des déclarations publiques remettant en cause la légitimité du management actuel de l’entreprise sur la base du parcours professionnel du Directeur Général » et entend apporter des « précisions techniques et institutionnelles ».
Le texte défend d’abord la formation des Administrateurs Civils issus de l’École Nationale d’Administration et de Magistrature, dont le cursus intègre, selon la SONATREL, « droit administratif et droit des sociétés », « finances publiques et contrôle de gestion » ainsi que « marchés publics et partenariats public-privé ». Ce modèle aurait, selon l’entreprise, « permis à plusieurs Administrateurs Civils d’assurer avec efficacité la direction de grandes sociétés d’État ».
Sur le fond du débat entre technocratie et généralisme, la SONATREL s’appuie sur la littérature en management public pour soutenir que la performance d’une entreprise publique « ne découle pas du seul corps d’origine du dirigeant, mais de la qualité de la gouvernance ». L’entreprise rappelle également que des structures dirigées par des profils exclusivement techniques ont, par le passé, connu des difficultés ayant conduit à leur liquidation ou à leur restructuration.
La communication institutionnelle va plus loin en interrogeant la méthode de l’universitaire. La SONATREL évoque un « biais de sélection » lié au choix d’un cas unique pour étayer une thèse générale, notant l’existence au Cameroun de plusieurs sociétés publiques dirigées par des Administrateurs Civils issus de l’ENAM sans que celles-ci soient citées en comparaison. L’entreprise y voit une « logique d’illustration à charge » plutôt qu’une « contribution scientifique objective ».
Sur le volet curriculaire, le communiqué détaille le parcours du Directeur Général, Jean Bertrand Mbemi Nyankga [photo], présenté comme titulaire d’un certificat de spécialité en gestion des ressources obtenu à l’ENA de Paris, d’un certificat en transparence et bonne gouvernance délivré par le Département d’État américain, et d’un doctorat en sciences politiques.
Sur le plan opérationnel, la SONATREL avance un bilan chiffré depuis la signature des contrats de concession avec l’État en 2019 : plus de 3 000 kilomètres de lignes de transport haute et très haute tension mises en service ou renforcées, la construction d’une ligne de 400 kV présentée comme une première en Afrique centrale, une interconnexion en cours d’achèvement avec le Tchad, la mise en exploitation de près de 50 postes électriques, une ligne haute tension de 524 kilomètres reliant le Sud au Nord, ainsi qu’un bénéfice net annuel positif enregistré chaque année.
L’entreprise conclut en rappelant que sa mission demeure « régalienne » et que seule l’appréciation des résultats techniques et financiers, conformément au cahier des charges défini par la présidence de la République, constitue selon elle le critère pertinent d’évaluation.
Ce débat s’inscrit dans une controverse plus large sur les critères de nomination à la tête des entreprises publiques camerounaises, la professeure Ondoua Biwolé plaidant par ailleurs pour une professionnalisation accrue des fonctions de direction, comparant la gestion d’entreprise à un métier nécessitant, selon elle, une formation spécifique comparable à celle exigée pour d’autres professions réglementées.



