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Agro-industrie : Nassourou Issa lance sa sucrerie, un investissement de 58 milliards de FCFA pour défier Sosucam

L'homme d'affaires camerounais Nassourou Alhadji Issa, à la tête du groupe Nasco, a engagé les travaux de génie civil d'une nouvelle sucrerie évaluée à 100 millions de dollars. Le financement est assuré par un prêt syndiqué monté par General Bank of Cameroon (GBC) et par la CCA-Bank, selon les informations rapportées par Bloomberg.

by Manuella Nemaleu
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Le projet affiche une ambition qui dépasse largement l’outil industriel actuellement en place dans le pays. Nassourou Issa vise une capacité de production de 300 000 tonnes de sucre par an à l’horizon 2028, un niveau supérieur à celui de la Société Sucrière du Cameroun (Sosucam), filiale du groupe Castel, qui plafonne entre 120 000 et 160 000 tonnes annuelles. Si cet objectif est atteint, l’usine de Nasco deviendrait la plus importante raffinerie de sucre de la sous-région CEMAC, devançant tout autre site en activité.

Le calendrier de ce projet coïncide avec une phase de repli du principal opérateur historique. Somdia, la branche agro-industrielle du groupe Castel, a fait savoir qu’elle souhaitait se retirer du marché camerounais et cherche un repreneur pour ses 88,36 % de participation dans Sosucam. Le nom du milliardaire nigérian Aliko Dangote circule parmi les prétendants potentiels à cette cession, sans qu’aucune offre n’ait été officiellement confirmée à ce stade.

Le Cameroun affiche un déficit structurel en sucre, la demande nationale étant estimée à près de 300 000 tonnes par an, un volume que la production locale actuelle ne couvre pas intégralement, obligeant les autorités à autoriser régulièrement des importations complémentaires. C’est précisément ce vide de marché que le nouvel entrant entend combler.

Le principal défi du projet n’est toutefois pas financier mais agricole. Sosucam a mis plusieurs décennies à constituer ses plantations de canne à sucre dans la région du Haut-Sanaga, un réseau d’approvisionnement que Nasco doit reconstituer dans un délai resserré pour alimenter sa future usine. La sécurisation d’un approvisionnement fiable en matière première conditionnera, selon les observateurs du secteur, la viabilité réelle du pari industriel de Nassourou Issa d’ici l’échéance de 2028.

Le groupe Nasco, dirigé par Nassourou Alhadji Issa, n’en est pas à son premier investissement agro-industriel de grande ampleur. Sa filiale la Société de Raffinage du Cameroun (Sorac) a mis en service à Douala, en 2025, un complexe industriel de 25 milliards de FCFA dédié à la transformation d’oléagineux, doté d’une capacité de 100 000 tonnes d’huile raffinée et 70 000 tonnes de savon par an, générant plus de 300 emplois directs. Pour porter ce projet, Sorac avait porté son capital à 10 milliards de FCFA et noué un partenariat avec l’Agence de Promotion des Investissements, dans le cadre du régime d’incitations prévu par la loi de 2013 sur les investissements.

L’entrée de Nasco dans le secteur sucrier illustre une dynamique plus large observée dans plusieurs filières camerounaises, où des opérateurs privés locaux mobilisent des financements bancaires internationaux pour concurrencer des groupes étrangers historiquement installés. En misant sur un adossement bancaire institutionnel dès le lancement des travaux, Nassourou Issa cherche à donner à son projet la crédibilité financière nécessaire pour rivaliser avec un acteur aussi établi que Sosucam, tout en positionnant le Cameroun sur la voie d’une possible autosuffisance en sucre, portée par un capital majoritairement local.

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