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Allocation familiale : des centaines de retraités de l’armée et de la police reconnaissent avoir gonflé le nombre de leurs enfants, le Minfi protège les fraudeurs

Dans une note de service datée du 18 juin 2026, le ministre des Finances Louis Paul Motaze arrête le traitement des dossiers de pensionnés des forces de défense et de sécurité ayant reconnu, sur procès-verbal, avoir volontairement introduit de faux actes de naissance pour surélever le nombre d'enfants ouvrant droit à la majoration de leur pension. Aucun ordre de recette ne sera émis contre eux.

by Aloys Onana
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L’audit de l’indemnité de majoration pour enfants, servi aux personnels retraités des forces de défense et de sécurité, a livré ses conclusions. Selon la note signée par Louis Paul Motaze, ministre des Finances (Minfi), plusieurs pensionnés ont reconnu avoir introduit des faux actes de naissance dans leur dossier de demande de pension et ou de réversion, permettant ainsi à ces derniers de bénéficier, à tort, de la majoration pour des enfants fictifs.

L’audit, mené depuis 2022 par une plateforme conjointe MINFI-MINDEF-DGSN sur la période 2010-2021, avait collecté 47 258 actes de naissance, dont 15 053 déclarés faux par les centres d’état civil, soit près d’un tiers du total. Il a permis d’identifier 4 300 retraités concernés par au moins un acte falsifié : 418 policiers, 3 842 militaires et 43 pensions de réversion servies à des veuves. Certains personnels retraités avaient à eux seuls aligné jusqu’à cinquante enfants sur la base de faux documents, dans le seul but de grossir leur pension mensuelle. Sur 1 537 dossiers déposés dans le cadre de la procédure contentieuse ouverte à cet effet, 838 pensionnés ont reconnu sur procès-verbal avoir effectivement introduit des faux actes de naissance afin de relever leur niveau de revenu.

Le coût de cette fraude pour le Trésor public est chiffré : environ 3,1 milliards de FCFA de pertes annuelles depuis 2010, soit un préjudice cumulé d’environ 35 milliards de FCFA sur la période 2010-2021.

Un tel niveau de fraude, dans les rangs des forces de défense et de sécurité, ne peut s’analyser hors du contexte sécuritaire dans lequel ces personnels ont servi. Sous un régime en place depuis 1982, l’armée et la police camerounaises ont été mobilisées sur plusieurs théâtres d’opérations simultanés au cours de la dernière décennie : la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la lutte contre Boko Haram dans le Septentrion, et la sécurisation de la frontière avec la République centrafricaine. Des déploiements longs et répétés, dans des zones à risque, qui ont nourri chez une partie de ces personnels un sentiment de créance vis-à-vis de l’État, sentiment que l’audit vient aujourd’hui contredire sur le plan strictement documentaire.

En application des conclusions du rapport final de l’audit et des recommandations de la réunion interministérielle du 9 avril 2026, le ministre des Finances a arrêté trois instructions. « En application de ces résultats et tenant compte des conclusion contenues dans le rapport final de l’audit, ainsi que des recommandations des recommandations de la réunion interministérielle du 09 avril 2026, je vous instruit (…) à titre exceptionnel et au regard des considérations contextuelle, de ne procéder à aucune émission d’ordres de recette dans le cadre de cette opération », ordonne le Minfi au Directeur général du Budget, au Directeur général du Trésor, de la coopération financière et monétaire.

Ainsi, premièrement, à titre exceptionnel et eu égard aux considérations contextuelles, aucun ordre de recette ne sera émis dans le cadre de cette opération. L’État renonce donc à recouvrer les sommes déjà perçues au titre des enfants fictifs. Deuxièmement, la date d’effet à considérer pour le repositionnement de l’indemnité de majoration, au nouveau montant liquidé après retrait des enfants fictifs, est la date de sa suspension. Troisièmement, les rappels issus de cette reprise en solde seront reversés aux bénéficiaires selon la procédure en vigueur, appliquée à l’ordonnancement et au paiement des droits.

Ce dénouement tranche avec la logique de recouvrement affichée par ailleurs par le ministère des Finances dans le traitement du fichier des allocations familiales de la fonction publique active. Le Comité de pilotage de l’Audit des Allocations Familiales (AALFA), créé par arrêté en juillet 2024 et présidé par Louis Paul Motaze, a tenu sa session inaugurale le 3 juin 2026 à Yaoundé. Le signal d’alerte est venu d’une évolution jugée statistiquement invraisemblable. Le nombre d’enfants alignés dans le fichier solde est passé de 594 728 en juin 2024 à 923 307 en mars 2026, soit une hausse de 55% en 21 mois, portant l’enveloppe budgétaire dédiée de 21 à 38 milliards de FCFA en deux ans. Le ministère établit un lien direct avec la revalorisation de l’allocation par enfant, portée de 2 800 à 4 500 FCFA en février 2024.

Contrairement au traitement réservé aux pensionnés des forces de défense et de sécurité, l’opération AALFA vise explicitement le recouvrement des sommes indûment versées, en plus de l’assainissement du fichier, sur une période de 24 mois et à travers des brigades d’audit déployées sur l’ensemble du territoire.

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