Home » Gestion publique : deux rubriques de la structure des prix des carburants ont déjà généré près de 670 milliards FCFA en faveur de la Sonara

Gestion publique : deux rubriques de la structure des prix des carburants ont déjà généré près de 670 milliards FCFA en faveur de la Sonara

Depuis l'incendie du 31 mai 2019, la structure des prix des carburants comporte une ligne dédiée au soutien de la raffinerie nationale. Une seconde ligne, ajoutée en février 2024, s'y ajoute désormais. Mise bout à bout, leur collecte cumulée approche le montant de 700 milliards de FCFA réclamé pour la reconstruction de la Sonara.

by Aloys Onana
0 comment
Sonara, lors de l'incendie

Le ministère des Finances (Minfi) annonce aux investisseurs étrangers qu’il est à la recherche de 700 milliards de FCFA pour la reconstruction de la Société nationale de raffinage (Sonara). Une déclaration qui pousse l’opinion à se pencher sur certaines lignes financements présentes dans la structuration des prix des produits pétroliers.

En effet, la structure des prix publiée par la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) pour la période du 3 au 29 février 2024 fait apparaître, à la ligne 29, la rubrique « Soutien à la raffinerie », fixée à 47,88 FCFA par litre. Ce montant est identique pour le super, le pétrole réseau et le gasoil, dans tous les dépôts du pays, qu’il s’agisse de Douala, Yaoundé, Bélabo, Ngaoundéré, Garoua, Limbé ou Bafoussam. Cette rubrique existe depuis l’arrêt de l’unité de raffinage de Limbé, qui a mis fin à la production locale et transformé la Sonara en simple importateur de produits finis.

La même structure de février 2024 introduit, à la ligne 30, une seconde rubrique intitulée « Modernisation des infrastructures », au taux de 22,50 FCFA par litre pour le super et le gasoil. Le pétrole lampant en est exclu, le document affichant 0,00 FCFA pour ce produit sur cette ligne. Une troisième rubrique voisine mérite d’être relevée : la « Rémunération SONARA », fixée à 5 FCFA par litre, mais qui ne s’applique qu’aux volumes livrés via le port de Limbé, où se trouvent les bacs de stockage de la raffinerie. Cette dernière ligne est donc absente des tableaux concernant les livraisons directes depuis Douala ou Yaoundé, et ne concerne qu’une fraction du volume national.

Le gouvernement a lui-même communiqué un chiffre sur le produit cumulé de la ligne « soutien à la raffinerie ». Selon les données présentées au Parlement en novembre 2025 par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, cette ligne, toujours fixée à 47,88 FCFA par litre, a atteint 479 milliards de FCFA dans les comptes de la BEAC au 31 octobre 2025. Le même document précise que le gouvernement envisage de mettre en garantie deux lignes de la structure des prix, le soutien à la raffinerie et la modernisation des infrastructures, pour sécuriser un financement destiné à la Sonara.

Ce montant permet un calcul de projection jusqu’à aujourd’hui. La consommation nationale de produits blancs (essence, gasoil, kérosène) a atteint 1 580 850 tonnes métriques entre janvier et octobre 2025, soit un rythme annualisé proche de 1,9 million de tonnes. Selon les calculs d’Economie du Cameroun, converti en litres, à raison d’une densité moyenne pondérée d’environ 0,80 kg par litre pour un mélange dominé par le gasoil et le super, ce volume correspond à près de 2,4 milliards de litres par an. En appliquant le taux de 47,88 FCFA par litre à ce rythme de consommation sur les huit mois écoulés entre le 31 octobre 2025 et début juillet 2026, la ligne « soutien à la raffinerie » aurait généré environ 76 milliards de FCFA supplémentaires, portant son cumul à près de 555 milliards de FCFA.

La ligne « modernisation des infrastructures », active depuis le 3 février 2024 et limitée au super et au gasoil, qui représentent environ 90 % du volume national, porte sur un flux estimé à 2,1 milliards de litres par an. Au taux de 22,50 FCFA par litre, cette ligne rapporte environ 48 milliards de FCFA par an. Sur les 29 mois écoulés depuis sa création jusqu’à juillet 2026, son cumul s’élève à environ 116 milliards de FCFA.

L’addition des deux lignes aboutit à un total avoisinant 670 milliards de FCFA collectés depuis 2019 et 2024 respectivement. Ce chiffre reste une estimation, qui pourrait être plus à la hausse, fondée sur une densité moyenne et sur l’hypothèse d’un taux stable dans le temps, alors que la rubrique 29 a pu connaître des niveaux différents avant 2024, le seul chiffre officiel disponible restant les 479 milliards arrêtés au 31 octobre 2025. Il n’en demeure pas moins que ce total s’approche du seuil de 700 milliards de FCFA. Ce montant correspond au coût de reconstruction et de modernisation de la Sonara présenté lors de la consultation internationale ouverte le 29 juin 2026 à Yaoundé, un chiffre qui inclut à la fois l’apurement du passif et la réhabilitation des installations.

Or, au 31 décembre 2025, les dettes à court terme de la Sonara atteignaient 701,7 milliards de FCFA, contre 511,9 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 189,9 milliards en douze mois. Les dettes fiscales et sociales, à elles seules, représentent 477,6 milliards de FCFA, soit 68,1 % du total. Deux masses financières comparables coexistent ainsi. D’un côté, un cumul proche de 670 milliards de FCFA prélevé auprès des automobilistes camerounais via la structure des prix depuis 2019, de l’autre, un passif de la Sonara qui progresse à un rythme équivalent. La rubrique 29 et la rubrique 30 constituent, sur le papier, une ressource déjà proche du montant recherché pour la relance de la raffinerie, avant même la mobilisation annoncée de partenaires financiers extérieurs.

You may also like

Leave a Comment

Economie du Cameroun

Bulletin d'Information

Articles Récents

@2022 – Tous Droits Réservés. Conçu et Developpé par DesignItechs