Le ministre a d’abord situé l’exercice dans son contexte mondial. Selon le FMI, la croissance de l’économie planétaire doit ralentir de 3,4 % à 3,1 % entre 2025 et 2026, sous l’effet de la guerre au Moyen-Orient et de ses répercussions sur les prix de l’énergie, des produits alimentaires et les taux d’intérêt. Une cessation effective du conflit permettrait un maintien à 3,2 % en 2027. L’inflation mondiale, après avoir décéléré de 5,8 % à 4,1 % entre 2024 et 2025, devrait remonter à 4,4 % en 2026.
Face à cet environnement, l’économie camerounaise afficherait, selon Motazé, une résilience, avec une croissance passant de 3,4 % en 2025 à 3,5 % en 2026, 3,6 % en 2027, puis un bond à 4,9 % sur 2028-2029. L’inflation nationale suivrait la trajectoire inverse, de 4,0 % en 2026 à 2,8 % en 2029. Le ministre a attribué cette accélération de fin de période au secteur non pétrolier, porté par le Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique, le renforcement de l’offre énergétique et l’agro-industrie. Le secteur pétrolier, lui, connaîtrait une contraction de 24,6 % en 2027 avant un redressement de 14,9 % en 2028 et 18,1 % en 2029, porté par l’entrée en production de nouveaux champs.
C’est dans ce cadre que le Gouvernement inscrit sa politique budgétaire globale autour de la conclusion d’un nouveau Programme Économique et Financier avec le FMI, destiné à maintenir la dette publique sur une trajectoire soutenable et à dégager des marges pour l’investissement. Le déficit du solde primaire non pétrolier suivrait une baisse progressive, de 2,5 % du PIB en 2026 à 1,1 % en 2029.
Pour y parvenir, le ministre détaille un effort fiscal de 0,4 point de PIB par an, censé porter la pression fiscale de 12,9 % à 14,1 % du PIB entre 2026 et 2029. Les mesures annoncées touchent la traçabilité des opérations, avec la taxation en temps réel et le suivi électronique de la production dans les secteurs brassicole, de la téléphonie et des jeux de hasard, la digitalisation de l’enregistrement, la création d’une unité spéciale de gestion des entreprises minières, l’extension de la taxe environnementale et un droit de timbre sur l’emprunt digital. À la fiscalité de porte s’ajoutent la consolidation de la collecte sur les téléphones importés, l’optimisation des recettes à l’exportation des matières minérales et une re-fiscalisation progressive de certains produits de grande consommation, présentée comme un encouragement aux substituts locaux.
Côté dépenses, les investissements publics progresseraient de 5,3 % à 5,8 % du PIB entre 2026 et 2029, tandis que les dépenses courantes baisseraient de 10,4 % à 9,5 % sur la même période, ramenant les dépenses primaires globales de 15,7 % à 15,3 % du PIB. Le ministre a annoncé un renforcement du contrôle du fichier solde, une rationalisation des charges locatives et une consolidation de la réforme des chapitres communs.
Sur la dette, Motazé indique un stock maintenu sous 50 % du PIB, après 43,5 % en 2025, tout en reconnaissant une tension distincte : « en dépit de la solvabilité avérée à long terme du stock de la dette publique, cette dernière, à travers son service qui est de plus en plus important, pose un véritable problème de financement du budget et de liquidité au Trésor à court terme ». Ce service de la dette représenterait 8,5 % du PIB en 2026, 7,2 % en 2027, puis une moyenne de 6 % sur 2028-2029.
Le ministre a ensuite passé en revue les priorités sectorielles du triennat : l’aménagement hydroélectrique de Kikot et les lignes du barrage de Nachtigal, le rétablissement de l’équilibre financier de la SOCADEL, l’extension de l’accès à l’eau potable à Douala et Yaoundé, la réhabilitation du réseau routier, la réforme foncière pour attirer l’investissement agro-industriel, la restructuration de la SONARA, la capitalisation de la SNI, l’assurance santé élargie aux couches défavorisées, le Registre Social Unifié, l’emploi à haute intensité de main-d’œuvre, et la reconstruction des régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord.
Le ministre a par ailleurs signalé que le document lui-même a été resserré, passant de plus de cent vingt pages à une soixantaine, sans perte de substance selon lui, afin de recentrer les échanges entre Gouvernement et Parlement sur les enjeux stratégiques plutôt que sur le détail opérationnel.
Motazé a enfin listé les risques pesant sur ce cadrage : tout retard dans la mise en œuvre du P2I, du PIISAH, de Nachtigal, de la SOCADEL ou de la SONARA remettrait en cause les projections de croissance et de recettes ; un prolongement de la crise au Moyen-Orient pèserait également ; le manque d’adhésion sociale aux nouvelles mesures fiscales, déjà observé en 2026, pourrait décaler les recettes internes non pétrolières ; la situation sécuritaire continue de peser sur les dépenses de manière imprévisible ; et la fragilité financière de la SOCADEL pourrait exiger de nouvelles interventions d’urgence de l’État. Le ministre a conclu en désignant la non-conclusion du programme avec le FMI comme « un risque majeur pour la soutenabilité de nos finances publiques à moyen terme ».



