L’Agence de Régulation du Secteur de l’Électricité (ARSEL) participe à une mission technique en République populaire de Chine, aux côtés du ministère de l’Eau et de l’Énergie, du ministère du Commerce et de la Société Camerounaise d’Électricité (Socadel). La délégation procède aux essais d’acceptation en usine des compteurs intelligents destinés au projet dénommé Programme d’appui au redressement du secteur de l’électricité (PARSEC), dans les sites des fabricants Goldcard, Sanfran et Gintai. Les experts camerounais y vérifient la précision des appareils, leurs performances électriques, leurs fonctionnalités de communication, la sécurité des équipements et leur interopérabilité avec l’architecture de comptage avancé (AMI), avant l’expédition vers le Cameroun.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte où la fraude électrique constitue l’un des principaux facteurs de déséquilibre financier du secteur. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, chiffre à environ 60 milliards de francs CFA par an le manque à gagner lié aux branchements clandestins et aux compteurs trafiqués, une somme qu’il assure aurait pu financer la construction de lignes électriques et le remplacement de transformateurs vétustes [voir ici]. Ce montant dépasse le budget d’investissement annuel de l’ancien concessionnaire, évalué à 53 milliards de FCFA en 2024. Selon Eneo [devenue Socadel], la fraude a également été liée à 32 décès en 2024, causés par des installations électriques non conformes, mieux, frauduleuses.
Face à cette situation, l’État a engagé un plan de restructuration 2026-2028 de la Socadel. Ce plan prévoit une brigade nationale anti-fraude, ainsi que le déploiement de 8 000 compteurs intelligents dans les postes moyenne et basse tension afin d’identifier les zones de pertes. Une première phase de migration porte sur 50 000 compteurs prépayés dès 2026, pour un gain de trésorerie attendu de 4 milliards de FCFA par mois à terme.
Le PARSEC, financé par la Banque africaine de développement à hauteur de 74,25 millions d’euros [plus de 48 milliards de FCFA), vise l’accroissement de l’offre d’électricité et l’amélioration de la gouvernance du secteur. Il s’articule avec le Programme de réformes du secteur de l’électricité (PRSEC), doté d’une enveloppe globale de 400 milliards de FCFA, dont 180 milliards apportés par la Banque mondiale. Un centre de données, actuellement installé à Douala, centralisera les informations issues des compteurs intelligents pour permettre un suivi en temps réel des consommations et une détection plus rapide des anomalies de facturation.
Par sa participation à cette mission de contrôle qualité en Chine, l’ARSEL affirme vouloir garantir la conformité technique et contractuelle des équipements avant leur arrivée sur le territoire national, dans un secteur où la fiabilité du comptage conditionne désormais la viabilité financière de l’ensemble de la chaîne électrique camerounaise.



