Devant la chefferie traditionnelle du village Nkolembonda, la Socapalm a livré aux populations les résultats des analyses effectuées sur les rivières qui traversent sa concession. « Les analyses des eaux des rivières sont disponibles, et aujourd’hui, nous sommes venus avec les résultats », annonce le représentant de l’entreprise. Il est précisé que l’exercice porte sur « toutes les rivières qui logent dans notre concession, les rivières que nous partageons avec certains membres de la communauté », ajoutant que certains cours d’eau analysés « ne sont pas peut-être du côté de Nkolombonda ».
L’objectif affiché de la démarche est de « vérifier si les activités de la Socapalm n’impactent pas ces rivières-là ». L’entreprise revient sur son passé environnemental. « Autrefois, la Socapalm déversait directement ses eaux usées dans la nature », reconnait l’entreprise, avant d’ajouter, « aujourd’hui, ce n’est plus le cas ». Des lagunes ont été construites pour recevoir ces eaux et font l’objet « d’analyses trimestrielles ».
Sur le volet agricole, la Socapalm rappelle qu’elle fut « autrefois la Socapalm étatique », période durant laquelle des plants ont été installés « où il ne fallait pas ». L’adoption de la norme RSPO a changé la donne. Cette norme impose de laisser une zone tampon entre le cours d’eau et le dernier plant, alors que « autrefois, on a planté jusqu’après du cours d’eau ». Des lisières appelées zones riveraines ont ainsi été délimitées et marquées de peintures rouges dans la concession, afin de limiter le passage des personnes qui utilisent des produits chimiques. Des analyses sont menées pour vérifier que ces produits « n’ont pas un impact sur la qualité de ces zones ».
Selon la Socapalm, les résultats présentés sont « de façon générale conformes ». L’entreprise souhaite toutefois faire évoluer sa pratique. Alors que les analyses sont réalisées une fois par an, elle propose que la communauté « mette à disposition un membre » pour participer au prélèvement des prochains échantillons. Le représentant justifie cette ouverture par le climat de suspicion qui entoure souvent ce type de démarche au Cameroun. « La question qui se pose, est-ce que ça a vraiment été pris dans nos rivières, est-ce que ça a vraiment été analysé », résume-t-il, avant de proposer que la présence d’un membre de la communauté lors du prélèvement permette de garantir que « les échantillons prélevés sont effectivement dans nos rivières ».
La Socapalm va plus loin en ouvrant la porte à une contre-expertise. La communauté pourra mandater un cabinet de son choix, qui assistera au prélèvement aux côtés de son propre représentant. Les deux séries de résultats pourront ensuite être confrontées. Une copie des résultats d’analyses sera par ailleurs déposée à la chefferie de Nkolembonda, où elle restera consultable par les populations.
Cet exercice de restitution revêt une portée qui dépasse le simple affichage. Pour l’entreprise, il constitue un outil de gestion des risques environnementaux et de conformité à la norme RSPO, dont dépend l’accès de ses produits à certains marchés internationaux. Associer la communauté au prélèvement et accepter une contre-expertise renforce également la crédibilité des données publiées et limite les contestations ultérieures.
Pour les populations riveraines, la démarche offre un droit de regard sur la qualité des rivières qu’elles partagent avec la concession, ressources utilisées pour la pêche, l’alimentation en eau ou les activités domestiques. Elle ouvre aussi un canal de dialogue permanent entre le village et l’entreprise, la parole ayant été donnée aux habitants à l’issue de la restitution pour exprimer leurs préoccupations.



