Home » Pétrole : le Cameroun mise sur neuf blocs pour ralentir le déclin de son pétrole

Pétrole : le Cameroun mise sur neuf blocs pour ralentir le déclin de son pétrole

Confronté à une chute de 29,6 % de ses recettes pétrolières en 2025, le Cameroun relance l'exploration amont. La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) vient d'attribuer cinq des neuf blocs mis en appel d'offres à Murphy Oil et Octavia Energy, un pari sur l'avenir dont les effets ne se feront sentir qu'à moyen terme.

by Albright Fandono
0 comment

Le déclin structurel du pétrole camerounais s’est nettement accentué en 2025. Selon la note sur le commerce extérieur publiée de l’Institut National de la Statistique (INS), les revenus du pétrole brut se sont effondrés de 29,6 % à 705,6 milliards de FCFA, sous l’effet conjugué d’une baisse des volumes d’exportation de 15,6 % et d’un recul des prix à l’export de 16,7 %. Le gaz naturel liquéfié n’a pas été épargné, avec des recettes en repli de 8,1% à 350,2 milliards de FCFA.

Cette contreperformance pèse lourdement sur la balance commerciale du pays. Le déficit commercial hors pétrole brut, plus révélateur de la dépendance structurelle de l’économie, atteint 2 850,9 milliards de FCFA, en aggravation de 3,7% par rapport à 2024. Sur le plan de la production physique, la tendance est tout aussi préoccupante : selon les projections de la BEAC, la production pétrolière camerounaise devrait culminer à 2,9 millions de tonnes en 2025, son plus bas niveau depuis au moins 2023, après 3,2 millions de tonnes en 2024.

Le repli traduit l’épuisement progressif des gisements historiques du pays. La production pétrolière, qui s’élevait à près de 180 000 barils par jour en 1985, s’est réduite à environ 65 000 barils par jour en 2023, illustrant une trajectoire de déclin engagée depuis plusieurs décennies. Cette érosion se répercute directement sur les finances publiques. La part des hydrocarbures dans le PIB est passée de 6,7 % en 2015 à environ 4% en 2023, selon la Direction générale du Trésor.

Face à cette situation, la SNH est sur un appel à manifestation d’intérêt portant sur neuf blocs libres. Trois blocs – Ndian River, Bolongo Exploration et Bakassi- se trouvent dans le bassin Rio del Rey, tandis que six autres- Etinde Exploration, Bomono, Nkombe-Nsepe, Tilapia, Ntem et Elombo- sont situés dans le bassin Douala/Kribi-Campo. Selon la SNH, l’ensemble de ces blocs se trouve à proximité d’actifs de production existants et bénéficie de campagnes sismiques 2D et 3D historiques, ce qui limite le risque d’exploration pure.

Les résultats ont été rendus publics le 24 avril 2026. Deux compagnies ont été retenues pour négocier l’exploitation de cinq des neuf blocs proposés : Murphy West Africa Ltd, filiale du groupe américain Murphy Oil Corporation, et Octavia Energy Corporation Limited, dans un communiqué signé par l’administrateur-directeur général de la SNH, Adolphe Moudiki. Murphy Oil obtient quatre blocs dans le bassin Douala/Kribi-Campo : Etinde Exploration, Tilapia, Elombo et Ntem, tandis qu’Octavia Energy se voit attribuer le bloc Bolongo Exploration dans le Rio del Rey. Quatre blocs restent pour l’instant sans attributaire, un indicateur que les observateurs suivront pour jauger l’attractivité réelle du bassin sédimentaire camerounais auprès des majors internationales.

Des retombées qui se feront attendre

Ces attributions n’annoncent toutefois pas un rebond immédiat. Elles ouvrent une phase de négociation en vue de la conclusion de contrats de partage de production, avant tout engagement de forage effectif. Le Fonds monétaire international, cité par plusieurs sources spécialisées, anticipe une poursuite de l’érosion des recettes pétrolières, attendues en moyenne à 579,2 milliards de FCFA sur la période 2026-2027.

Un signal plus encourageant provient toutefois du segment gazier. L’unité flottante de liquéfaction Hilli Episeyo, opérée par Golar en partenariat avec Perenco et la SNH au large de Kribi, a dépassé les 10 millions de tonnes produites et expédié plus de quarante cargaisons depuis sa mise en service, preuve que le potentiel hydrocarbures du pays n’est pas totalement épuisé.

La SNH elle-même mise sur un redressement à moyen terme : selon ses projections, la production nationale de pétrole brut devrait atteindre 20,8 millions de barils en 2026 puis 22,1 millions de barils en 2027, une trajectoire de reprise conditionnée à la concrétisation des investissements amont issus de ce nouveau cycle de licences. ECONOMIE DU CAMEROUN.

You may also like

Leave a Comment

Economie du Cameroun

Bulletin d'Information

Articles Récents

@2022 – Tous Droits Réservés. Conçu et Developpé par DesignItechs