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Revendications : le Syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun dit sa colère contre l’Etat central et souhaite un sursaut républicain

Réunis à leur siège à Douala, les transporteurs routiers restituent les conclusions de la concertation du 16 juin. Deux décrets cristallisent la colère de la profession, qui dénonce une ingérence des pouvoirs publics dans son activité.

by La Rédaction
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Le 30 juin à Douala à leur siège, le Syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun (SNTRC) a tenu une rencontre jugée forte et déterminante. Chauffeurs, présidents de plateformes syndicales, membres du Bureau de gestion du fret terrestre prennent place. L’ambiance ne relève pas de la simple restitution administrative. Elle porte les traces d’une exaspération accumulée depuis la concertation du 16 juin, tenue en présence du Bureau national élargi aux présidents régionaux.

« On nous a créé une catégorie de transporteurs qui n’existe dans aucun texte de loi », lance un responsable syndical, en référence au décret du Premier ministre du 10 octobre 2022 fixant les conditions d’accès aux professions de transporteur routier et d’auxiliaire de transport routier. Ce texte introduit la notion de transport pour compte propre, absente de la loi du 23 juillet 2001 qui régit pourtant la profession. Un participant résume la portée du problème. « Le compte propre occupe la moitié du secteur aujourd’hui. C’est notre métier qu’on nous retire sous nos yeux. »

Le second décret, signé le 16 juillet 2025 par le président de la République, porte transformation du Conseil national des chargeurs du Cameroun en société à capital public. L’article 11 de ce texte prévoit que les ressources du CNCC proviennent, à hauteur d’un quart, du produit généré par la délivrance des documents obligatoires de transport, la lettre de voiture internationale et la lettre de voiture intérieure. Un chauffeur présent dans la salle traduit cette disposition en des termes simples : « On finance à 25 % une structure publique avec notre argent, alors qu’on n’est même pas chargeurs. Le chargeur et le transporteur, ce sont deux métiers différents. Pourquoi nous confondre ? »

L’article 20 du même décret alimente une autre incompréhension. Le texte prévoit que le CNCC continue d’exercer ses missions jusqu’à la mise en place effective de la société à capital public. Or, selon plusieurs intervenants, les prérogatives de la structure attendue sont déjà appliquées sur le terrain, sans attendre la fin du processus de transition. « On applique une loi qui n’est pas encore en vigueur. Qui contrôle ça ? » interroge un membre du Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT).

D’autres sujets nourrissent les échanges. L’exclusivité accordée à un seul prestataire pour la fourniture des caméras embarquées dans les camions revient à plusieurs reprises dans les interventions. Un transporteur évoque le poids des contrôles routiers multipliés par la police, la gendarmerie, la douane, les agents du ministère des Transports et ceux du ministère des Travaux publics. « Chaque corps a son barrage. On roule pour payer des amendes, pas pour transporter des marchandises », dit-il, avant d’évoquer le transport hors gabarit, le transport exceptionnel et la pesée des camions citernes comme sources récurrentes de tracasseries.

La question des coulages à la Société camerounaise des dépôts pétroliers, agence de Bafoussam, est également soulevée, sans que les intervenants ne s’y attardent longuement, l’essentiel des débats restant concentré sur les deux décrets contestés.

Face à ce tableau, le ton reste ferme mais garde une porte ouverte au dialogue. Un responsable syndical formule ainsi l’attente de la profession : « On souhaite un sursaut républicain. On ne demande pas la lune, on demande que les textes respectent notre métier et notre survie économique. » Un autre participant met en garde contre les conséquences d’une absence de réaction rapide : « Si rien ne change, cette activité va disparaître. Et ce n’est pas seulement le Cameroun qui en paiera le prix, c’est toute la sous-région. »

La rencontre de Douala s’inscrit dans un calendrier de suivi. Une évaluation de la mise en œuvre des recommandations issues de la concertation de Yaoundé est annoncée pour la quinzaine de juillet 2026. D’ici là, les transporteurs entendent maintenir la pression sur les pouvoirs publics, tout en réclamant une révision des deux décrets à l’origine de la controverse. Au sortir de la réunion, un chauffeur résume l’état d’esprit de la base. « On a compris nos droits aujourd’hui. Maintenant, on attend des actes, pas des promesses. »

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