C’est un document qui ressort la délicate situation du jadis géant, désormais aux pieds d’argile ? Qu’est la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM). Dans le détail, l’Intersyndicale annonce trois exigences pour la commission de suivi. Elle réclame la levée immédiate des mesures d’austérité imposées depuis le 1er novembre 2024, la constitution d’un Fonds de Garantie des Droits des Travailleurs avant toute signature de la cession, et l’inscription d’un Plan d’Investissement Triennal comme condition de la cession.
Le document situe l’origine du dossier en janvier 2011. Le groupe Castel, actionnaire dans les Brasseries du Cameroun, entre alors dans le capital de SOMDIAA à hauteur d’au moins 45 %, sans information préalable des travailleurs, la loi ne l’imposant pas pour une cession d’actions entre actionnaires privés. En avril 2022, Castel rachète les 13 % restants détenus par la famille Vilgrain, portant sa participation à environ 87 %. Alexandre Vilgrain, qui dirigeait le groupe depuis 1995, cède la direction à Olivier Parent.
Les pertes s’accumulent ensuite. Le Livre Blanc chiffre à 15 milliards FCFA les pertes de l’exercice 2023, puis à 22 milliards FCFA celles de 2024. En 2025, des grèves entraînent la destruction de 970 hectares de canne et une perte supplémentaire de 5 milliards FCFA selon l’employeur, un chiffre que les travailleurs contestent sans l’avoir vérifié conjointement. Sur la période 2023-2025, le total atteint 37 milliards FCFA de pertes cumulées, auxquelles s’ajoutent les 5 milliards liés à la grève, soit 42 milliards FCFA de destruction de valeur.
L’effondrement des effectifs suit la même trajectoire. En 2012, la SOSUCAM comptait 8 119 salariés, dont 1 487 en CDI permanent. En 2013, l’effectif tombe à 6 372, soit 1 747 départs en une seule année. En 2017, il s’établit à 5 971, en 2021 à 5 271, puis en 2022 à 4 840. La perte cumulée depuis 2012 atteint 3 279 postes, soit 40% des effectifs.
Les données de production illustrent l’écart avec les standards du secteur. La superficie sous canne s’établit à 25 000 hectares, sur un périmètre disponible de 38 000 hectares. La production journalière de sucre plafonne à 800 tonnes, contre 1 000 tonnes et plus retenues comme standard africain, un déficit de 25%. La richesse en saccharose se maintient autour de 10%, contre une fourchette de 10 à 15% attendue. Le rendement sucrier atteint 4,8 tonnes par hectare et par an, contre 10 à 11 tonnes pour le standard africain, un déficit de 50 %. La production annuelle oscille entre 70 000 et 90 000 tonnes, loin de l’objectif de 150 000 tonnes, un déficit de 40 %. La couverture de la demande nationale ne dépasse pas 53 % des 300 000 tonnes consommées chaque année, contre un objectif de 70 %, un écart de 17 points.
Le Livre Blanc ajoute un élément de comparaison daté du 10 juillet 2026, deux jours avant l’Assemblée Générale des travailleurs de la SOSUCAM. Selon une communication officielle du gouvernement de Côte d’Ivoire, le Président-Directeur Général du groupe SOMDIA, Olivier Parent, a été reçu par le ministre ivoirien en charge de la filière sucrière. Il y présente un contrat-plan d’investissement de 100 milliards FCFA sur cinq ans en faveur de SUCAF-CI, portant sur l’accroissement de la production sucrière, la consolidation de la filière alcool et un projet dans la filière maïs.
L’Intersyndicale relève que ce contrat-plan intervient la même semaine que le maintien des mesures d’austérité au Cameroun, sous la direction du même dirigeant. Elle en tire la conclusion que le groupe dispose de la capacité financière d’investir dans le sucre africain, et que le choix d’allocation des ressources entre les deux filiales est en cause.
Le second chapitre du document consulté par Economie du Cameroun détaille les engagements réclamés du futur repreneur, organisés en trois piliers menés simultanément. Le premier porte sur l’agronomie, avec un plan quinquennal d’approvisionnement en engrais à présenter dans les 90 jours suivant la prise de possession, et un programme de montée en richesse saccharose fixant des paliers de 11,5% en année 1, 13,5% en année 2 et 15% en année 3. Selon le calcul de l’Intersyndicale, l’atteinte de 15% de richesse porterait la production à 1 056 tonnes de sucre par jour contre 800 actuellement, soit 38 400 tonnes supplémentaires par an, pour un gain estimé à 13,4 milliards FCFA au prix de 350 000 FCFA la tonne, contre un investissement agronomique annuel d’environ 1,2 milliard FCFA.
Le deuxième pilier concerne la logistique, avec un plan de mécanisation de la chaîne récolte-transport dans les 180 jours. Le troisième pilier porte sur la modernisation énergétique des usines, jugée préalable à toute augmentation de la capacité de production, avec un audit énergétique à livrer dans les 90 jours suivant la prise de possession.
