Le Secrétariat Général des Services du Premier ministre a instruit, le 1er juillet 2026, le ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED) de rapporter la lettre-circulaire n°001/LC/MINEPDED/SG/DNC/SDGDPC du 12 février 2026, qui rendait opératoire l’utilisation de la plateforme de la Bourse Nationale des Déchets (BND). Dans un courrier signé de Séraphin Magloire Fouda, référencé N°B70/d-13/SG/PM, la Primature indique que cette décision fait suite à une séance de travail tenue le 12 juin 2026 dans les services du Premier ministre, en présence notamment du MINEPDED représenté par M. Hamadjoda.
Le Secrétaire Général y explique noir sur blanc les raisons de ce revirement. « La mise en place de la plateforme numérique de la BND et du manifeste de traçabilité, nécessitent encore des concertations élargies, aux fins de déterminer un cadre réglementaire opérationnel, consensuel et approprié ». Il enjoint le ministre de transmettre « toute la documentation relative à la Bourse Nationale des Déchets, depuis son acte fondateur, jusqu’aux textes les plus récents », à l’attention du Conseiller Spécial N°3 des Services du Premier ministre.
Une instruction restée lettre morte
Près de deux mois plus tard, dans un courrier daté du 28 août 2026 et adressé au même ministre, le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) constate que cette décision n’a produit aucun effet sur le terrain. Son président, Célestin Tawamba, rappelle que le patronat avait déjà saisi le ministère le 7 avril 2026 d’une demande de suspension de la circulaire imposant la BND « comme unique cadre dédié aux transactions relatives à la gestion des déchets au Cameroun ».
Le GECAM revient sur la chronologie exacte des faits. La séance de travail du 12 juin, puis la transmission, « par courrier N°B70/d-13 du 1er juillet 2026 dont copie nous a été transmise par nos membres », de l’instruction du Premier ministre de rapporter la circulaire. Mais le constat est là. « A ce jour, cette instruction du Premier ministre est restée sans effet, vos collaborateurs refusant de délivrer les manifestes de traçabilité, et renvoyant systématiquement les entreprises à l’application de la Lettre-circulaire du 12 février 2026 ». Le patronat pointe une situation qui « crée une grave insécurité juridique préjudiciable aux opérateurs économiques » et qui « porte atteinte à la confiance légitime de ceux-ci envers les institutions de l’État ».
Le ton se durcit sur l’enjeu économique et social. Le GECAM alerte sur des « conséquences qui pourraient être irréversibles pour la survie des Entreprises dont l’activité principale est centrée sur la chaine de valeur des déchets, avec un impact direct sur les milliers d’emplois qui y sont attachés ». L’organisation patronale sollicite du ministre « une mise en œuvre diligente des instructions du Premier ministre » et réitère son appel à « l’organisation d’une concertation impliquant tous les acteurs concernés, dans le but de trouver des solutions pérennes légalement fondées ». Le GECAM se dit disponible « selon le calendrier qui conviendra » pour participer à toute concertation. Copie de ce courrier a été adressée aux Secrétariats Généraux de la Présidence de la République et des Services du Premier ministre.
La Bourse Nationale des Déchets a été instituée pour organiser et centraliser, via une plateforme numérique, l’ensemble des transactions liées à la collecte, au tri, au transport et à la valorisation des déchets au Cameroun. Adossé à cette plateforme, un manifeste de traçabilité devait accompagner chaque mouvement de déchets, dans l’objectif affiché de sécuriser la chaîne de valeur, de lutter contre les circuits informels et de doter l’État d’un instrument de pilotage de la filière, dans la logique d’une économie circulaire.
C’est la lettre-circulaire du 12 février 2026 qui en a rendu l’usage obligatoire pour l’ensemble des opérateurs du secteur. Or c’est précisément cette obligation qui a cristallisé les tensions. Le GECAM avait dès avril dénoncé un dispositif imposé sans concertation suffisante, faisant peser sur les entreprises un cadre jugé encore immature. La Primature elle-même reconnaît, dans son courrier de juillet, que le déploiement de la plateforme et du manifeste « nécessitent encore des concertations élargies » pour aboutir à un cadre « opérationnel, consensuel et approprié ». Un aveu implicite que le texte du 12 février a été adopté avant que ces conditions ne soient réunies.
Le blocage actuel tient donc moins à la légitimité de l’outil qu’à la méthode de son imposition et à la résistance de l’administration à suivre l’arbitrage du Premier ministre. Tant que le MINEPDED n’aura pas formellement rapporté la circulaire et instruit ses services en ce sens, les entreprises de la filière déchets resteront suspendues entre deux régimes juridiques contradictoires, avec le risque, selon le patronat, de menacer des milliers d’emplois dans un secteur pourtant stratégique pour l’économie circulaire camerounaise.
