Paul Biya n’a plus été vu en public depuis son départ de Yaoundé pour Genève, le 7 juin 2026. Selon Bloomberg, cette absence alimente les interrogations des investisseurs, qui tentent de déterminer si un basculement politique est en train de s’opérer discrètement dans ce pays producteur de pétrole. L’agence précise que les obligations camerounaises libellées en dollars affichent, depuis début juin, la pire performance de tout le continent africain.
Ce silence prolongé dépasse déjà, début août, le précédent record d’absence du chef de l’État, fixé à 49 jours à l’automne 2024. Le 2 août, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a tenté de rassurer l’opinion sur RFI, affirmant que « le président est vivant et son retour est imminent », sans toutefois avancer de date précise. La formation du nouveau gouvernement, promise depuis décembre 2025, se fait toujours attendre, de même que la nomination d’un vice-président, poste pourtant créé par voie constitutionnelle en avril 2026.
Le chef de l’État a néanmoins continué de signer des décrets depuis l’étranger, dont un réaménagement au sein de l’armée. Cinq colonels ont été promus au grade de général de brigade, et le général Raymond Jean Charles Beko’o Abondo a été reconduit à la tête de la garde présidentielle. Ce type de mouvement, aux moments politiquement sensibles, n’est pas inédit dans la pratique du pouvoir camerounais. Dans l’opposition, Mamadou Mota, dénonce un pays « gouverné à distance », tandis que le débat s’intensifie, notamment en ligne, sur l’opacité entourant la durée du séjour présidentiel à l’étranger.
Sur le plan des marchés, ce contexte survient alors que le Cameroun prépare une nouvelle émission obligataire à vocation environnementale et sociale, d’environ 692 millions de dollars, structurée avec l’appui de Matha Capital, de la Banque africaine de développement (BAD), de l’African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI) et de l’Africa Finance Corporation (AFC). Ce montage, associant plusieurs institutions multilatérales, vise précisément à rassurer une base d’investisseurs internationaux devenue exigeante sur les questions de gouvernance.
Le pays s’était déjà illustré en janvier 2026 par une émission d’eurobond de 750 millions de dollars, arrangée par Citi, JP Morgan et Cygnum Capital, assortie d’un coupon de 8,875 % pour un rendement de 10,125 %. L’opération, qui ciblait initialement 600 millions de dollars, avait finalement attiré près d’un milliard de dollars de souscriptions. Ce niveau de rémunération place néanmoins le Cameroun parmi les émetteurs les plus coûteux de la vague obligataire africaine de 2026. À titre de comparaison, le Bénin a levé à environ 6,2 %, la Côte d’Ivoire à 5,39 % sur quinze ans, le Kenya entre 8,1 % et 8,95 % selon les tranches, et le Gabon à 9,375 %. Sur le plan macroéconomique, l’agence Fitch Ratings anticipe une croissance moyenne de 3,7 % sur la période 2026-2027 et un recul de la dette publique à environ 40 % du produit intérieur brut, dans la continuité du succès de cette émission de janvier.
Ce n’est pas la première fois qu’une incertitude sur l’état de santé du président affecte le marché obligataire camerounais. En octobre 2024, une rumeur similaire avait déjà provoqué trois séances consécutives de baisse des eurobonds libellés en dollars du pays. Bloomberg, qui consacre régulièrement des articles à la situation camerounaise depuis plusieurs mois, avait par ailleurs souligné en avril 2026 que le pays semblait préparer un plan de succession, avec l’adoption par l’Assemblée nationale d’un texte permettant la nomination d’un vice-président, poste supprimé depuis 1972.
En rappel, Bloomberg est un groupe financier américain, spécialisé dans les services aux professionnels des marchés financiers et dans l’information économique et financière aussi bien en tant qu’agence de presse que directement, via de nombreux médias (télévision, radio, presse, internet et livres) dont les plus connus sont probablement ses propres chaînes de télévision par câble/satellite.
