C’est au Bola Ahmed Tinubu International Conference Centre d’Abuja que s’est jouée, le 14 juillet 2026, une séquence inédite pour l’or brun africain. Sous l’égide du ministère nigérian de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, en co-convocation avec la Bank of Industry, quatre délégations- Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria- ont paraphé la Déclaration d’Abuja lors du Cocoa Value Addition Summit 2026, placé sous le thème « From Bean to Brand ». Ensemble, ces quatre pays pèsent entre deux tiers et 75 % de la production mondiale de fèves, selon les estimations reprises par les organisateurs eux-mêmes.
L’objectif affiché par le ministre d’État John Owan Enoh, qui a présidé les travaux consiste à mettre fin à un siècle d’exportation de matières premières non transformées et négocier désormais comme un bloc unique face aux acheteurs internationaux. En aval de la chaîne, le verrou reste connu. Barry Callebaut, Cargill et Olam concentrent à eux trois 55 à 60 % de la capacité mondiale de broyage, selon les données officielles. A ces broyeurs, s’ajoutent Nestlé, Mars, Mondelēz et Hershey côté chocolaterie.
Le contexte est celui d’une filière sous tension. Les cours du cacao, qui avaient atteint près de 12 900 dollars la tonne fin 2024, sont retombés autour de 3 000 dollars début 2026, contraignant le Ghana à réduire son prix producteur de 28,6 % et la Côte d’Ivoire à baisser son prix de mi-campagne de 57 %. Cet écart a nourri une contrebande transfrontalière de fèves vers le pays offrant le meilleur prix.
L’Alliance n’est pas partie de rien. Elle prolonge un pacte bilatéral scellé le 16 juin 2026 à Abidjan entre les présidents Alassane Ouattara et John Mahama, qui pesait déjà 60 % de l’offre mondiale à eux deux. Le Nigeria et le Cameroun ont rejoint le dispositif le 15 juillet.
Chaque signataire y engage des données précises. Le Nigeria affiche une capacité de broyage installée de plus de 120 000 tonnes annuelles, dont à peine 50 000 tonnes sont aujourd’hui utilisées ; une usine de 70 000 tonnes est en construction à Sagamu, dans l’État d’Ogun, et la Bank of Industry a sécurisé une ligne de 60 millions d’euros auprès de la Banque européenne d’investissement pour la transformation cacaoyère. Abuja adopte en parallèle un Cocoa Value Addition Accord national, engageant gouvernement fédéral, gouverneurs des États producteurs et organisations paysannes, avec rapports annuels de suivi. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial avec environ 40 % de l’offre, vise 50 % de transformation locale d’ici la fin de la décennie.
Le Cameroun, cinquième producteur africain, l’on note qu’au terme de la campagne 2024-2025, les broyeurs locaux ont transformé 109 431 tonnes de fèves, contre 89 672 tonnes lors de la campagne précédente, soit une hausse de 27,7 %, un premier franchissement du seuil symbolique des 100 000 tonnes. Selon le ministère du Commerce, la capacité industrielle nationale dépasserait désormais 250 000 tonnes par an, pour une production commercialisée d’environ 300 000 tonnes, ce qui amène les autorités à revendiquer un taux de transformation locale supérieur à 80 %. Certes, certaines sources indiquent par contre que le taux de broyage local au Cameroun n’atteint pas 20 %, la majorité des fèves partant brutes vers les Pays-Bas ou la Malaisie, entre autres.
L’échéance qui presse tous les signataires est européenne. Le règlement RDUE sur la déforestation importée, après deux reports successifs, entrera en application le 30 décembre 2026 pour les moyennes et grandes entreprises exportant vers l’Union, avec traçabilité géolocalisée obligatoire.
