Le département d’État a transmis la semaine dernière un avis aux commissions du Congrès annonçant la fermeture de cinq postes diplomatiques à travers le monde. Figurent sur cette liste l’ambassade de Grenade, les consulats de Nagoya au Japon et de Medan en Indonésie, le poste de présence de Winnipeg au Canada, et le bureau de l’ambassade des États-Unis à Douala.
Le secrétaire d’État Marco Rubio présente cette réorganisation comme une mesure de réduction des coûts. Les missions concernées emploient peu de personnel par rapport aux autres représentations américaines. Leur fermeture permettrait à l’administration d’économiser environ 4,4 millions de dollars par an, selon des documents obtenus par l’agence Associated Press. L’ordre s’accompagne d’une consigne globale de réduction d’au moins 10 % des effectifs américains et locaux dans les missions à travers le monde. Des responsables assurent que le choix de ces postes ne répond à aucun événement géopolitique particulier.
À Douala, le bureau de l’ambassade traitait les demandes de visa, le renouvellement de passeports et l’assistance aux citoyens américains. Ces services seront transférés à l’ambassade de Yaoundé, ce qui impose aux habitants de Douala et de la région du Littoral un déplacement supplémentaire de plus de 200 kilomètres pour toute démarche consulaire. Douala concentre pourtant l’essentiel de l’activité commerciale et industrielle du pays et demeure le point d’entrée des investisseurs et des voyageurs d’affaires.
La fermeture survient dans un contexte de durcissement des conditions de visa. Depuis le 3 août, le montant de la caution exigée pour les visas tourisme et affaires est passé de 15 000 à 20 000 dollars, soit environ 11,4 millions de FCFA contre 8,5 millions auparavant. La mesure touche une cinquantaine de pays, dont trente nations africaines. Le Gabon reste le seul autre pays d’Afrique centrale concerné par cette liste.
Sur le plan commercial, les relations entre les deux pays traversent aussi une phase de recul. En 2024, les États-Unis figuraient parmi les dix premiers clients du Cameroun, avec des achats de 120,4 milliards de FCFA, soit 3,7 % des exportations totales du pays, loin derrière les Pays-Bas et l’Inde. Depuis août 2025, Washington applique des droits de douane de 15 % sur une partie des importations en provenance du Cameroun.
Les effets de cette taxation apparaissent déjà dans les statistiques du Conseil national des chargeurs du Cameroun. Entre août et novembre 2025, les volumes exportés vers le marché américain ont progressé de 12,6 %, passant de 12 959 à 14 588 tonnes, tandis que la valeur de ces exportations reculait de 46 à 38,3 milliards de FCFA, soit une baisse de 16,6 % sur la même période. Le Cameroun exporte donc davantage vers les États-Unis, mais en tire de moins en moins de recettes.
Ce recul s’ajoute à la dégradation de la balance commerciale camerounaise dans son ensemble. Le déficit s’est établi à 2 145,2 milliards de FCFA en 2025, contre 1 747,3 milliards en 2024, une hausse de 22,8 % imputable à la baisse des recettes d’exportation et à la progression des dépenses d’importation, selon l’Institut national de la statistique.
Le repli de la présence diplomatique américaine à Douala s’inscrit dans une tendance de retrait du continent africain, alors que Washington rouvre dans le même temps des ambassades en Libye, en Syrie et au Venezuela. Les autorités américaines assurent toutefois que la fermeture du bureau de Douala ne remet pas en cause les relations diplomatiques entre les deux pays.
