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Gaz domestique : 10 000 tonnes de gaz domestique en attente de déchargement à Douala

En pleine pénurie de gaz domestique dans les deux principales métropoles du pays, la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) met en avant la mobilisation de son dépôt de Bonabéri. L'entreprise publique y évoque une demande nationale journalière de 1 500 tonnes métriques, un chiffre qui mérite d'être confronté aux statistiques officielles de consommation.

by Manuella Nemaleu
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À Bonabéri, le vacarme ne faiblit plus. Le carrousel d’enfûtage tourne sans discontinuer, les bras de chargement de gaz de pétrole liquéfié s’activent au rythme des camions citernes qui se succèdent, et l’ensemble du personnel de ce dépôt, que la SCDP qualifie de « poumon logistique » et de futur hub pétrolier régional, a été mobilisé pour honorer ce que l’entreprise présente comme une demande nationale de 1 500 tonnes métriques par jour.

Sur les berges du Wouri, la chaîne d’approvisionnement fonctionne à flux tendu. Deux navires, d’une capacité cumulée de 10 000 tonnes métriques, confie la SCDP, patientent en rade avant déchargement, pendant que des wagons-citernes sont apprêtés pour Ngaoundéré et que des convois routiers gagnent Yaoundé et les autres dépôts du réseau. Pour absorber ce trafic, le site fonctionne désormais de 5 heures à 23 heures. « Le produit est bien disponible. Nous donnons le meilleur de nous-mêmes pour permettre à la SCDP d’assurer sa mission de service public », résume Yannick Mpille, adjoint au chef de dépôt de Bonabéri, dans le communiqué diffusé par l’entreprise.

Robustesse

L’entreprise publique dresse un état contrasté de ses réserves à travers le pays : cinq jours d’autonomie à Maroua, une distribution jugée normale à Ngaoundéré, neuf jours d’autonomie à Bertoua et 429 tonnes métriques disponibles à Yaoundé. Seule la région de l’Ouest ferait face à des tensions ponctuelles, que la SCDP impute à l’état du réseau routier plutôt qu’à un déficit de produit, justifiant le renforcement annoncé de sa flotte.

Cette mise en avant de l’abondance intervient dans un contexte précis. La veille encore, le 16 septembre 2026, plusieurs quartiers de Douala parmi lesquels Ndogpassi, PK14 entre autres, en passant par Ndokoti et de Yaoundé rapportaient des ruptures persistantes chez de nombreux distributeurs, une pénurie qu’a aggravée la disparition quasi totale de SCTM des points de vente, à la suite d’un différend financier avec la SCDP elle-même.

 Dans ce climat, le chiffre de 1 500 tonnes par jour avancé par Bonabéri mérite d’être resitué. rapporté à une année pleine, il représenterait un volume proche de 547 500 tonnes, très supérieur à la consommation nationale actuellement recensée par les autorités. Reste à savoir s’il s’agit d’un pic ponctuel, lié au rattrapage des volumes que SCTM n’a pu enlever ces dernières semaines, ou d’une formulation à visée avant tout rassurante.

Les données officielles dessinent une trajectoire moins spectaculaire, mais tout aussi révélatrice. La Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures évaluait la demande nationale annuelle de gaz domestique à environ 150 000 tonnes métriques en 2023 ; la consommation aurait encore progressé de 13 % en 2025, portée par une subvention publique d’environ 49 milliards de FCFA destinée à maintenir le prix de la bouteille de 12,5 kg à son tarif officiel de 6 500 FCFA. Les importations, qui constituent l’essentiel de l’approvisionnement, sont passées de 102 088 tonnes en 2023 à 145 163 tonnes en 2024 (59 milliards de FCFA), puis à 150 420 tonnes en 2025 (56,1 milliards de FCFA), tandis que la production locale, désormais assurée par la seule unité de Bipaga après le retrait du navire-usine Hilli Episeyo le 4 août dernier, plafonne autour de 30 000 tonnes par an. Fin août 2026, un nouvel appel d’offres a été lancé pour l’importation de 60 000 tonnes supplémentaires, soit près de 40 % du volume total importé en 2025, afin de sécuriser le second semestre.

C’est dans ce contexte de dépendance structurelle aux approvisionnements extérieurs que s’inscrit la montée en puissance du dépôt de Bonabéri, dont la capacité de stockage de GPL a été portée de 2 500 à 3 500 tonnes métriques grâce à la mise en service d’une sixième sphère, un renforcement censé permettre à la SCDP de tenir la promesse de disponibilité qu’elle vient d’adresser aux Camerounais.

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