Deux ans après la première édition, le GECAM a organisé le 10 septembre sa deuxième rentrée économique du patronat. L’édition 2025 n’a pas eu lieu, l’année ayant été absorbée par l’élection présidentielle d’octobre. « Le temps de l’économie est aujourd’hui revenu », déclare Célestin Tawamba, qui présente une lecture de la trajectoire des deux derniers exercices, dans la perspective du budget 2027.
Le président du patronat camerounais situe d’abord son propos dans un contexte international dégradé. Le conflit au Moyen-Orient et les blocages du détroit d’Ormuz font grimper le baril jusqu’à 126 dollars, contre une hypothèse budgétaire fixée à 62 dollars. Or l’État importe le carburant qu’il consomme. Au premier trimestre 2026, les recettes pétrolières reculent de 35 %. Le FMI abaisse en conséquence ses prévisions de croissance nationale à 3,1 % pour 2025 et 3,3 % pour 2026, loin des 3,9 % et 4,3 % retenus par la loi de finances.
La fiscalité, premier front du discours
C’est sur la fiscalité que Célestin Tawamba concentre l’essentiel de ses critiques. Il salue la qualité du dialogue engagé avec l’administration fiscale, avant de dresser un constat sévère sur l’instabilité des règles. Le Code général des impôts n’a connu aucune refonte structurelle depuis 2002. Il a été modifié plus de 2 500 fois, dont 127 articles rien que dans la loi de finances 2026, contre 57 l’année précédente. Plus de quarante nouveaux frais et redevances s’y ajoutent, relevant d’une quinzaine de ministères.
« Le chef d’entreprise camerounais réapprend chaque année les règles qui s’appliquent à lui, paie un conseil pour les comprendre et révise ses procédures pour s’y conformer. Ce travail ne produit rien : ni emploi, ni capacité, ni produit », affirme le président du GECAM. Il pointe un objectif de rendement budgétaire qui domine les mesures nouvelles, au détriment de l’accompagnement de l’activité. « La refonte du Code général des impôts n’est plus une réforme parmi d’autres. C’est la condition de toutes les autres », insiste-t-il.
L’objectif assigné à l’administration fiscale passe de 3 200 milliards de FCFA en 2025 à 3 600 milliards en 2026, une progression de 12,5 % demandée à une économie qui croît de 3,5 %. Le GECAM y voit le risque d’une fiscalité renforcée sur les entreprises formelles et d’un endettement non concessionnel accru, alors que la dette atteint 15 607 milliards de FCFA à fin juin 2026, soit 44,2 % du PIB.
Le patriotisme économique, second axe de l’intervention
Célestin Tawamba consacre un développement entier au patriotisme économique, qu’il définit comme l’exigence que chaque politique économique permette aux entreprises camerounaises « d’investir, d’innover, d’accéder aux marchés, d’exporter, en un mot, d’accumuler des capacités ». Il précise que cette notion ne se confond ni avec la fermeture ni avec le rejet de l’investissement étranger.
Le président du patronat dénonce un déficit commercial structurel, passé de 1 747 milliards de FCFA en 2024 à 2 145 milliards en 2025, et un taux de couverture des importations par les exportations tombé de 65,1 % à 59 %. Il évoque l’effacement d’un tissu industriel bâti par des pionniers camerounais dans la métallurgie, la quincaillerie ou l’emballage, cédé à des investissements étrangers sans transfert réel de technologie. « Nous avons cédé les entreprises ; nous n’avons pas acquis les compétences », déclare-t-il.
Il cite les importations de riz, en hausse de 37 702 tonnes, et de poisson, en hausse de 60 193 tonnes, alors même que le programme PIISAH vise à réduire la dépendance alimentaire du pays. Pour le GECAM, la souveraineté économique du Cameroun repose sur trois exigences : la mise aux normes de l’offre locale, une protection ciblée des écosystèmes industriels émergents et le maintien de certains secteurs stratégiques entre des mains camerounaises. « Une nation qui ne produit plus ce qu’elle consomme ne négocie plus rien : elle subit », résume-t-il.
Énergie, financement, numérique : les autres pesanteurs identifiées
Le discours aborde également l’offre énergétique, jugée insuffisante malgré l’entrée en production du barrage de Nachtigal et ses 420 MW supplémentaires. Selon les enquêtes Enterprise Surveys de la Banque mondiale, 65 % des entreprises camerounaises recourent à un groupe électrogène, à un coût de 200 à 350 FCFA le kilowattheure contre un tarif industriel compris entre 50 et 99 FCFA.
Sur le financement, Célestin Tawamba relève un recul du crédit bancaire de près de 550 milliards de FCFA en douze mois, dans un contexte où l’État occupe une place croissante dans le secteur bancaire en tant qu’actionnaire, principal emprunteur et débiteur de nombreuses entreprises. « L’État peut être actionnaire de nos banques. Il ne peut pas être en même temps leur meilleur client et le mauvais payeur de leurs emprunteurs », déclare-t-il.
Sur le numérique, le président du GECAM appelle à un « électrochoc », citant un taux de pénétration du haut débit stagnant à 22 % depuis 2016 malgré la capacité disponible sur les câbles sous-marins.
Une demande unique pour la loi de finances 2027
Le GECAM formule une exigence. Que la loi de finances 2027 soit la première depuis dix ans à voir les dépenses de fonctionnement progresser moins vite que les dépenses d’investissement. En 2016, le fonctionnement représentait 65,1 % du budget contre 34,9 % pour l’investissement ; en 2026, ces parts atteignent respectivement 79,2 % et 20,8 %. « Un budget qui prélève davantage pour fonctionner davantage n’est pas un budget de développement. C’est un budget d’entretien », conclut Célestin Tawamba, qui renouvelle la disponibilité du secteur privé à travailler aux côtés des pouvoirs publics.
