Le Gouvernement s’était fixé, à l’horizon 2030, l’ambition de porter la production d’eau potable à 2 500 000 m³ par jour et de construire ou réhabiliter les infrastructures d’assainissement afin d’atteindre un taux d’accès de 90%. À l’étape intermédiaire de 2025, huit actions structurantes avaient été programmées : décentraliser l’approvisionnement public en eau potable, promouvoir les initiatives privées d’accès dans les localités non couvertes par le réseau public, définir et renforcer un cadre juridique de régulation du secteur, mettre en place un régulateur, porter les capacités installées au-delà de 1 000 000 m³ par jour, étendre les réseaux de drainage des eaux de pluie dans les centres urbains, construire et réhabiliter les réseaux d’égouts en milieu urbain et périurbain, et disposer d’un taux d’accès aux infrastructures d’assainissement de l’ordre de 65%.
L’évaluation à mi-parcours dresse un bilan contrasté. Sur la décentralisation de l’approvisionnement public en eau, l’objectif d’effectivité fixé pour 2025 n’est pas atteint : les collectivités territoriales décentralisées ne disposent pas de ressources suffisantes pour assurer ce service, malgré les ressources financières et l’assistance technique qui leur sont transférées à travers les services techniques déconcentrés du MINEE. Le rapport souligne également l’inexistence d’un cadre juridique de régulation, alors que l’objectif était l’existence d’un tel cadre à travers la vulgarisation de la Politique nationale de l’eau, la révision de la loi de 1998 et l’Avenant n°1 au contrat de concession de la CAMWATER. Sur ce point, la loi a néanmoins été révisée et son projet de révision est en cours de validation. Troisième écart relevé : l’absence d’une entité chargée de réguler le secteur de l’eau, alors que le projet de révision en cours prévoit justement la mise en place d’un régulateur.
Les indicateurs quantitatifs sont en revanche plus favorables. Les capacités installées en eau potable sont passées d’une base de 823 848 m³ par jour en 2020 à environ 1 120 000 m³ par jour, soit un gain de 296 152 m³ par jour, dépassant ainsi la cible intermédiaire de 1 000 000 m³ par jour. Cette progression rapproche le pays de l’objectif final de 2 500 000 m³ par jour à l’horizon 2030. Le taux d’accès à l’eau potable, lui, est passé de 70% en 2020 à 77 %, contre une cible de 80 % pour 2025, soit un écart de 3 %. Le taux d’accès aux infrastructures d’assainissement est passé de 60 % à 62,3%, contre une cible de 65%, soit un écart de 2,7%.
Selon l’Enquête nationale sur l’accès à l’énergie, l’eau et l’assainissement (ENACE-1) réalisée en 2021 par le MINEE avec l’appui technique de l’Institut national de la statistique auprès de 10 000 ménages, l’accès à l’eau potable a évolué de 70% à 77% sur la période, avec 92% en milieu urbain contre seulement 60% en milieu rural — une faible évolution en zone rurale que le rapport attribue à une forte dégradation des infrastructures existantes au cours de la période.
Globalement, entre 2020-2024, le Gouvernement a déployé un ensemble d’initiatives pour renforcer les infrastructures hydrauliques et améliorer l’accès à l’eau potable. Selon la 5e Enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM5), réalisée en 2022 par l’INS, la proportion de ménages ayant accès à l’eau potable a désormais franchi la barre des 80%, contre 61% en 2014 selon l’ECAM4.
Plusieurs réalisations illustrent cette dynamique. Le Projet d’alimentation en eau potable de la ville de Yaoundé et ses environs à partir du fleuve Sanaga (PAEPYS) est entré en service le 20 août 2024, injectant désormais plus de 300 000 m³ d’eau potable par jour dans le réseau, avec une extensibilité à 400 000 m³, couvrant les besoins d’environ 1 000 000 d’habitants. Un fonds spécial de 10 milliards de FCFA a été mobilisé pour le Programme d’urgence pour une meilleure intégration du PAEPYS (PUMP), destiné à desservir les quartiers périphériques de Yaoundé via la réalisation d’environ 100 km de canalisation et 200 000 nouveaux branchements, pour au moins 1 000 000 d’habitants ; à ce jour, le taux d’exécution du PUMP est de 70%.
À Douala, le Mégaprojet d’alimentation en eau potable à partir du fleuve Wouri, d’une capacité supplémentaire de 400 000 m³ par jour, a vu ses études d’Avant-projet sommaire et son étude d’impact environnemental et social achevées ; les commissions de constat et d’évaluation des biens dans les départements du Moungo et du Wouri se poursuivent.
Le Projet d’amélioration de la desserte en eau potable de neuf villes affiche un taux d’avancement global de 49,25 % pour cinq villes concernées : Maroua (12,37%), Yabassi (16,82 %), Garoua (3,74 %), Garoua-Boulaï (2,28 %) et Dschang (5,06 %), pour une capacité additionnelle visée de 108 000 m³.
Le projet de réhabilitation de 350 stations SCANWATER, qui vise à équiper les stations en énergie solaire, en est à sa première phase portant sur 239 stations réparties dans six régions (Adamaoua, Est, Centre, Sud, Littoral, Ouest) ; les discussions de financement se poursuivent entre le Gouvernement, le partenaire technique chinois SINOMACH et les banques locales. Enfin, le volet eau du Plan d’urgence triennal pour la croissance économique (PLANUT) affiche, fin 2024, 1 794 forages et 19 systèmes d’adduction d’eau potable réalisés, tandis que les discussions relatives au financement d’une troisième phase, portant sur 1 926 points d’eau supplémentaires, se poursuivent.
