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Commerce : le Nigeria inonde Douala de carburant, le Cameroun regarde passer le train de l’industrialisation selon Afreximbank

Dans son édition 2026 du African Trade Report, intitulée « Leveraging Geopolitics for Trade and Industrialisation in Global Africa », la Banque africaine d'import-export dresse le portrait d'un continent qui transforme les fractures géopolitiques mondiales en levier de croissance. Le Cameroun et l'Afrique centrale y apparaissent en filigrane.

by Albright Fandono
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Publié en juin 2026 au Caire, le rapport intervient à un moment charnière. Les rédacteurs de la banque panafricaine rappellent que l’économie mondiale ralentit, avec une croissance qui recule à 3,4 % en 2025 et devrait encore fléchir à 3,1 % en 2026. L’Afrique, elle, prend le contre-pied de cette tendance. Sa croissance réelle est passée de 3,4 % en 2024 à 4,5 % en 2025, portée par une inflation en net repli, tombée de 21,6 % à 13,1 % en moyenne continentale, certains pays affichant même un taux proche de 3 %.

Le commerce de marchandises a bondi de 6,1 % pour atteindre environ 1500 milliards de dollars, tandis que le commerce intra-africain a progressé de 5,5 % pour s’établir à près de 213,8 milliards de dollars. C’est précisément dans ce commerce entre pays voisins que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale peine encore à peser, la sous-région restant l’une des moins intégrées du continent en dépit de ses ressources pétrolières, gazières et forestières.

Le rapport illustre cette dynamique régionale par l’exemple du raffinage nigérian. La raffinerie Dangote, tournant désormais à pleine capacité, a permis au Nigeria d’accroître ses exportations de produits pétroliers raffinés vers des marchés voisins, dont le Cameroun, le Ghana et le Togo. Cette percée a contribué à faire grimper la part nigériane dans le commerce intra-africain, passée de 7,47 milliards à 9,02 milliards de dollars entre 2024 et 2025. Pour Douala, dépendant historiquement des importations de carburants raffinés, ce basculement des flux régionaux mérite une attention particulière, car il redessine les routes d’approvisionnement du golfe de Guinée sans que le Cameroun n’en soit pour l’instant l’initiateur.

Sur le volet structurel, la banque pointe des lacunes qui concernent directement le pays. Elle relève que « des contraintes de financement du commerce, des lacunes d’infrastructures et une valeur ajoutée limitée » persistent dans plusieurs secteurs du continent, une observation qui s’applique aux filières camerounaises du bois, du cacao ou des produits halieutiques transformés, freinées par le manque de chaîne du froid, d’emballage aux normes et de logistique portuaire fluide. Le rapport cite en particulier les secteurs des produits transformés et de la pêche comme des exemples où l’écart entre le potentiel exportateur et la performance réelle demeure « particulièrement vrai ».

Le document insiste aussi sur les outils que la banque met en avant pour combler ce retard. La Zone de libre-échange continentale africaine et le Système panafricain de paiement et de règlement, le PAPSS, sont présentés comme les deux leviers majeurs pour réduire les coûts de transaction et la dépendance aux devises étrangères, un enjeu direct pour les opérateurs camerounais habitués à jongler entre franc CFA, dollar et naira dans leurs échanges avec le Nigeria voisin.

S’exprimant sur les conclusions du rapport, le chef économiste du groupe et directeur général de la recherche à Afreximbank, Yemi Kale, a résumé l’esprit du document en soulignant que « l’Afrique se trouve à un tournant critique ». Selon lui, les tensions géopolitiques et la fragmentation économique redessinent les schémas commerciaux mondiaux, mais offrent aussi une occasion historique au continent.

Pour le Cameroun, membre de la CEMAC et pays charnière entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, ce message résonne comme un appel à accélérer l’intégration régionale, à renforcer le financement du commerce et à investir dans la transformation locale des matières premières plutôt que dans leur seule exportation brute. Le rapport rappelle enfin qu’Afreximbank a décaissé 17,5 milliards de dollars de financements en 2024 et vise à doubler son soutien au commerce intra-africain d’ici 2026, une manne dont les entreprises et les banques commerciales camerounaises pourraient tirer davantage parti si les corridors régionaux, à commencer par celui reliant Douala à N’Djamena et Bangui, gagnaient en fluidité.

Le pays dispose, avec le port en eau profonde de Kribi et le corridor de Douala, d’infrastructures capables de porter cette ambition. Reste à transformer ces atouts logistiques en parts de marché réelles dans le commerce intra-africain, alors que la sous-région centrale continue d’accuser un retard structurel par rapport à l’Afrique de l’Ouest et à l’Afrique australe dans la course à l’industrialisation que dessine ce rapport.

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