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Différend : Prédation foncière à Garoua, les forces vives s’opposent aux ventes illicites des terrains à Wastang

A la suite de soupçons sur la gestion illicite du site de Wastang et l’établissement de faux titres fonciers, des forces vives réclament la fin de la braderie et une enquête urgente du gouvernement.

by EDC
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Une vive inquiétude teintée de sourdes tensions sociales gagne actuellement plusieurs habitants et acteurs de la société civile de la ville de Garoua. En cause, de présumées opérations de vente de terrains et d’établissement irrégulier de titres fonciers sur des espaces au lieu-dit Wastang, dans l’arrondissement de Garoua II. Selon les informations issues de plusieurs sources locales, il s’agirait d’une superficie globale d’environ 60 hectares, dans une zone habituellement désignée comme la « bande des 100 mètres ». Les mêmes sources soutiennent que cet espace avait fait l’objet, au cours des années 1990, d’une opération de déguerpissement et d’indemnisation conduite par l’État, avant d’être rétrocédé à la Communauté urbaine de Garoua pour accueillir des équipements d’intérêt collectif.

Or des habitants affirment constater, depuis quelques temps, un morcellement et une occupation progressifs du site, des ventes présumées et des immatriculations à la régularité contestable. Selon une source locale présentée comme bien informée, près des trois-quarts de la superficie concernée auraient déjà été cédés ou occupés. Cette estimation n’a toutefois pas encore été confirmée par une expertise cadastrale indépendante.

Dans cet univers souvent propice aux conjectures de toutes sortes des noms se susurrent, mettant notamment en cause de présumés auteurs de la braderie. Des dénonciations jusqu’ici enregistrées, plusieurs noms apparaissent de manière récurrente. Le sous-préfet de l’arrondissement de Garoua II, M. Dym Nestor, ainsi que des responsables traditionnels dont le Lawane de Boula-Ibbi Oussoumanou Boula Ibbiré et de Nigériaré sont cités. Reviennent tout aussi régulièrement les noms de certains agents des services locaux du MINDCAF, parmi lesquels M. Ibrahima Iya Malloum. Il faut cependant préciser que ces dénonciations n’ayant pas fait l’objet d’une décision de justice les personnes citées demeurent présumées innocentes et doivent pouvoir exercer pleinement leur droit de réponse.

Croissance démographique

Toujours est-il que, face à cette situation potentiellement explosive, les forces vives locales s’interrogent sur l’absence de réaction de certaines autorités administratives et municipales, notamment le gouverneur de la région du Nord, M. Jean Abate Edi’i, le préfet de la Bénoué, M. Oumarou Haman Wabi, le maire de la ville de Garoua, M. Goura Beladji, et le maire de la commune de Garoua II, M. Oumarou Sanda. Si le silence des autorités pose problème, il ne permet cependant pas, à lui seul, de conclure à une quelconque implication dans les faits dénoncés. L’absence de communication publique ne saurait être assimilée automatiquement à une quelconque complicité. Il appartient à une enquête officielle de déterminer la responsabilité des uns et des autres. Les populations ne souhaitent pas autre chose.

Pour l’instant, face à la gravité des soupçons et au caractère volatile de la situation, les forces vives de Garoua demandent au Gouvernement et particulièrement au MINDCAF d’ordonner, entre autres et sans délai, l’annulation des titres fonciers reconnus irréguliers, dans le respect des procédures légales ; la restitution des espaces indûment occupés ; la suspension conservatoire de toute nouvelle transaction ou procédure d’immatriculation sur le site de Wastang…

Au-delà du contentieux foncier, l’affaire des terrains de Wastang soulève une question fondamentale, celle de la protection des réserves foncières destinées aux équipements sociaux dans nos villes à forte croissance démographique. Chaque hectare détourné de sa vocation initiale représente potentiellement une infrastructure communautaire définitivement perdue. Les forces vives de Garoua demandent donc que toute la lumière soit faite, dans le respect de la présomption d’innocence et de l’exigence de transparence publique. Elles appellent les autorités compétentes à agir avec célérité, l’objectif étant, au-delà de toute chose, de préserver le patrimoine public, et que les terrains destinés aux populations de Garoua soient effectivement utilisés pour des projets sociaux, éducatifs, sanitaires et communautaires.

Hamadou Halim Sarki (CP)

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