L’État camerounais poursuit les négociations engagées avec Globeleq en vue de reprendre les participations que le producteur indépendant d’électricité détient dans les sociétés exploitant les centrales de Kribi et de Dibamba. Les discussions portent sur une valorisation indicative d’environ 80 milliards de FCFA pour les 56 % du capital de Kribi Power Development Company et de Dibamba Power Development Company, l’État possédant déjà les 44% restants dans chacune des deux sociétés. Aucune offre formelle n’a toutefois été transmise au vendeur. Une source proche du dossier indique que les négociations « avancent bien » et pourraient aboutir avant la fin de l’année 2026, sauf changement de calendrier ou désaccord sur les modalités financières.
Le périmètre exact des 80 milliards de FCFA n’est pas fixé. Rien n’indique si ce montant correspond au seul prix des actions ou s’il intègre les créances accumulées sur l’ancien distributeur Eneo, devenu Socadel, ainsi que d’éventuels prêts d’actionnaire ou dividendes déclarés par les deux sociétés. Ces éléments relèvent de traitements comptables distincts et ne peuvent être confondus avec le prix de cession des actions.
KPDC exploite la centrale à gaz de Kribi, d’une capacité de 216 MW, et DPDC la centrale à fioul lourd de Dibamba, d’une capacité de 88 MW. Les deux unités totalisent 304 MW, soit plus de 20 % des capacités du Réseau interconnecté Sud, qui alimente Yaoundé, Douala et la zone industrialo-portuaire de Kribi. Si les 80 milliards de FCFA correspondent uniquement à la part de Globeleq, l’ensemble des capitaux propres des deux sociétés se trouverait valorisé autour de 143 milliards de FCFA, un calcul qui ne dit rien de leur valeur d’entreprise, laquelle dépend de leur endettement, de leur trésorerie et de leurs créances sur Socadel.
Le projet de reprise intervient après plusieurs épisodes de tension entre Globeleq, Eneo et l’État. En septembre 2024, la centrale de Kribi avait arrêté sa production sur fond d’impayés évalués à 137 milliards de FCFA et n’avait repris qu’en février 2025, après un accord avec le gouvernement. Un nouveau différend est survenu en juin 2026, cette fois d’origine fiscale. Après le blocage des comptes bancaires du groupe par l’administration, KPDC et DPDC ont retiré leurs capacités du réseau, provoquant des délestages qui ont touché environ 40 % des usagers du Littoral et de l’Ouest. Le 5 juillet 2025, l’État avait exercé son droit de préemption pour empêcher la cession des parts de Globeleq à un investisseur tiers, ouvrant la voie aux discussions en cours.
Cette opération constitue la seconde reprise d’un actif énergétique en quelques mois, après l’acquisition par l’État, pour 78 milliards de FCFA, des 51 % détenus par Actis dans Eneo, rebaptisée depuis Socadel. Si la valorisation de 80 milliards de FCFA se confirme, les deux opérations représenteraient près de 158 milliards de FCFA, un total qui ne comprend ni les impayés à régler, ni les dettes des sociétés, ni leur recapitalisation, ni les investissements que réclame l’entretien des centrales.
L’objectif affiché par le gouvernement dépasse la prise de contrôle capitalistique. Selon le plan de restructuration élaboré en mars 2026 par le ministère de l’Eau et de l’Énergie, les contrats liant Socadel à KPDC et DPDC représentent une charge proche de 8 milliards de FCFA par mois. Le document évoque une économie mensuelle d’environ 3 milliards de FCFA après la reprise et la renégociation de ces contrats, soit 36 milliards de FCFA par an. Ce gain reste conditionné à un mécanisme que le gouvernement n’a pas encore précisé, qu’il s’agisse du refinancement de la dette, de la réduction de la rémunération des actionnaires ou de la révision des charges de capacité. Même sous contrôle public, KPDC et DPDC devront continuer de financer le combustible, la maintenance, le personnel et le remboursement de leurs emprunts.
